—J'ai cru bien faire, répliqua-t-il, en vous donnant toutes les garanties désirables. Vous vouliez être sûr de la présence de Mlle d'Entragues, vous l'avez; vous ne vouliez donner votre déclaration que contre une liberté assurée, c'est convenu. Maintenant il faut le temps de vous transporter dans la chambre d'en haut. Il faut le temps de scier les grilles, il faut le temps d'écrire, et puis de notre côté, nous ne sommes pas prêts. L'heure du rendez-vous n'est pas encore envoyée à Mlle d'Entragues, celle-ci a ses préparatifs à faire, songez donc que trois heures du matin seront bientôt arrivées!
—C'est vrai, je dévorerai les instants, s'écria la Ramée; pardonnez-moi de vous importuner ainsi. Je cherchais, voyez-vous, à éviter les approches d'un jour qui devait être mon dernier jour, car le geôlier me l'a dit, c'est pour demain huit heures… et de trois à huit, l'intervalle est si court!
—À huit heures vous serez plus loin de la mort que vous ne l'avez jamais été, répliqua Espérance avec un sourire capable de rendre la vie à un agonisant. Mais, pour arriver à temps, prenons-nous-y d'avance. Je vous quitte.
—Soyez béni! dit la Ramée.
—Rappelez-vous toutes nos conventions!
—Elles sont gravées ici, dit le prisonnier en touchant son front, comme vos bienfaits sont inscrits dans mon coeur.
La Ramée à ces mots s'agenouilla, prit la main d'Espérance et y appliqua ses lèvres brûlantes.
Le bienfaiteur s'éloigna ému, en remerciant le ciel qui lui faisait la faveur de rendre un homme à ce point heureux.
A peine Espérance fut-il parti que la Ramée se redressa et rétablit le calme dans sa tête pour faire face à toutes les éventualités.
Tout s'accomplit d'ailleurs comme on en était convenu; deux guichetiers vinrent chercher le prisonnier, le conduisirent à la chambre d'en haut, et l'y laissèrent avec de la lumière.