—Monsieur… si j'ai été criminel, balbutia la Ramée dans son égarement, c'est à Dieu et au roi de me le reprocher, de m'en punir. Voilà donc qu'au dernier moment, mes ennemis me tendent ce nouveau piège. En quoi mes actions privées regardent-elles d'autres que moi, et de quel droit me questionnez-vous?
—Parce que je m'appelle le baron du Jardin, et que vous avez assassiné mon fils!
La Ramée poussa un cri déchirant, et, glacé d'horreur, tomba sur un fauteuil en cachant son visage dans ses mains.
—L'avis était donc vrai, murmura le vieillard; voilà le meurtrier d'Urbain à la place où tant de fois j'ai embrassé Urbain…. Monsieur, continua-t-il avec une majesté sombre, le roi vous avait fait grâce, mais moi je ne pardonne pas. Vous avez tué mon fils, vous mourrez. Trop heureux que je vous permette de finir comme un rebelle, quand je pourrais vous faire condamner comme assassin.
Le gouverneur frappa du poing sur la porte, et à l'instant parurent plusieurs archers qui envahirent la chambre.
—J'avais, par compassion pour le condamné, leur dit le vieillard, changé son cachot en un meilleur gîte; mais voyez, il a scié les barreaux et préparé une corde pour fuir. Gardons-le, mes enfants, gardons-le bien jusqu'à huit heures, pour qu'il n'échappe pas à la justice de Dieu!
Les archers se placèrent entre le prisonnier et la fenêtre. Le gouverneur s'assit en travers de la porte et ajouta:
—Si quelqu'un m'appelle, pas de réponse; je ne bougerai pas d'ici avant l'arrivée du bourreau!
À ces mots, un frisson parcourut les veines du criminel. Il releva la tête, et comme si la menace de mort eût retrempé son courage, rallumé son orgueil et mis fin à ses terribles angoisses, il dit au vieillard en lui montrant la déclaration restée sur la table près du flambeau mourant qui coulait en larges nappes:
—Le misérable qui m'a dénoncé à vous, prétendrait-il bénéficier de ma dépouille et me déshonorer après ma mort! Je reste Valois puisque je meurs, et cet écrit devient inutile, je suppose.