Le gouverneur lui tendit le papier sans répondre une parole. Alors la Ramée brûla ce qu'il avait écrit et rapprocha le fauteuil pour s'asseoir. Mais au souvenir des paroles qui étaient échappées au malheureux père, la Ramée eut horreur de cette place. Il repoussa le siège et resta debout, la tête inclinée, les bras croisés sur la poitrine, au milieu des archers qui surveillaient tous ses mouvements.
Tel fut le sombre tableau qu'éclairèrent les premiers rayons du jour.
Cependant Espérance, fidèle à sa promesse, attendit à l'endroit désigné. Henriette avait obéi; elle avait suivi dans une litière les chevaux préparés pour la Ramée, et la litière cachée dans la petite rue voisine était surveillée par Pontis à cheval.
Au signal convenu, Espérance s'approcha du Châtelet croyant en voir descendre le prisonnier; mais les moments s'écoulèrent, on sait pourquoi l'évasion ne put avoir lieu. Espérance attendait toujours.
Le jour venu, Henriette, dont le visage trahissait une infernale joie, déclara que rien ne l'obligerait à se donner en spectacle dans un quartier semblable, qu'Espérance l'avait trompée, qu'une évasion ne se faisait pas à la lumière du soleil, et ces raisons parurent sans réplique aux deux jeunes gens. Ils durent laisser la perfide femme retourner à son logis; d'ailleurs, elle ne pouvait que les gêner puisque la Ramée ne venait pas. Espérance avait essayé dix fois de pénétrer au Châtelet, on lui en avait interdit l'entrée avec une rudesse des plus significatives. Il se demanda si le roi n'avait pas changé d'avis. Il se figura que la Ramée n'avait pas voulu écrire la déclaration assez explicite. Enfin tout ce qu'un cerveau prêt à éclater peut entasser de conjectures plus ou moins raisonnables, Espérance aux abois, les ressassa pendant trois mortelles heures d'attente.
Il ne pouvait comprendre comment la Ramée, du moins, ne se montrait pas. Il comprenait encore moins comment, si les obstacles venaient du roi ou de Crillon, ce dernier n'en avait pas donné avis.
Pontis, expédié par Espérance chez le chevalier, rapporta que rien, à sa connaissance, n'avait été changé par le roi. Le chevalier offrait de venir lui-même au Châtelet, pour en donner l'assurance.
En attendant, la place de Grève s'emplissait de spectateurs, le gibet se dressait, réclamant sa proie, et à six heures et demie arrivèrent au Châtelet l'exécuteur et la nouvelle troupe d'archers.
Justement le chevalier venait de céder aux messages réitérés d'Espérance.
Il entra dans la prison et fit entrer avec lui Espérance et Pontis.
Le condamné était déjà placé en bas, dans la geôle, entouré du funèbre cortège de la mort. À la porte de cette salle se tenait l'implacable vieillard, décidé à ne pas abandonner sa vengeance.