—Vous, peut-être, dit le jeune homme dont les yeux humides trahissaient l'émotion; mais moi je ne peux partir ainsi sans avoir dit à ce malheureux tout ce que je souffre.

Crillon haussa les épaules et sortit.

Déjà le cortège se mettait en marche. La Ramée portait la tête haute, le regard ferme, entre une double haie des soldats de garde et des employés de la prison.

Lorsqu'il fut en face du gouverneur, il ferma un instant les yeux et murmura tout bas: Pardon!

—Je pardonnerai dans une demi-heure, dit du même ton le vieillard.

Tout à coup la Ramée aperçut Espérance qui fendait la foule pour arriver à lui. Au lieu de remercier, et d'adorer ce loyal défenseur, dont les nobles intentions éclataient à ce moment suprême dans le plus affectueux regard:

-Ah! traître, dit la Ramée, te voila! Ah! délateur misérable, tu viens après m'avoir abusé lâchement, tu viens insulter à mon agonie. Et puis, tu te convaincras que je suis bien mort pour me voler tranquillement Henriette. Je savais bien, ajouta-t-il, avec une colère effrayante, que tu l'aimais encore et que tu ne me la céderais! Je savais bien que tu ne la laisserais point partir avec moi!

Espérance, éperdu, voulut l'interrompre.

—Lâche!… lâche!… continua la Ramée, mais je serai vengé. Elle m'aime et te reprochera ma mort!

Et il fit un mouvement comme pour lever le poing sur Espérance.