—Quoi! s'écria Pontis en serrant les mains de son ami avec un rugissement furieux, tu te laisses insulter ainsi toi!… Réponds donc à ce brigand qui t'accuse! Dis-lui donc la vérité sur cette femme.
—Silence!… dit Espérance avec une douceur sublime. Ce malheureux n'a plus qu'un moment à vivre. Si je faisais ce que tu dis, il mourrait désespéré. Silence! Qu'il conserve sa foi, son dernier bonheur, qu'il se croie aimé, qu'il me croie lâche et traître… mais qu'il meure en paix!
La foule s'écoula, suivant, sans l'outrager, le condamné qui marchait avec courage vers la place de Grève, et cherchait encore, dans cette multitude muette, soit des partisans apostés pour sa délivrance, soit plutôt le dernier sourire de sa misérable fiancée.
Rien. L'heure fatale avait sonné, le jeune homme monta en triomphateur sur l'échelle, se livra au bourreau et rendit l'âme en murmurant le nom d'Henriette.
VIII
LE SANG POUR LE SANG
Le jour même de la mort du malheureux la Ramée, lorsqu'au Louvre chacun en parlait encore, et que les uns applaudissaient, que les autres s'apitoyaient, que pour tout le monde il était évident que le bourreau n'avait puni qu'un instrument des intrigues de la duchesse de Montpensier, ce jour-là, disons-nous, toute la noblesse se pressait au palais pour féliciter le roi et pour renouveler les témoignages de son dévouement et de son respect.
Deux carrosses s'arrêtèrent devant l'entrée de la maison royale. De l'un, descendirent M. d'Entragues et le comte d'Auvergne, offrant la main à Marie Touchet, plus majestueuse, et à Henriette, plus brillante que jamais. Cette dernière, depuis huit heures du matin, n'avait plus rien à craindre de son plus dangereux complice, de celui qui, si longtemps, avait menacé à la fois sa personne et sa fortune.
De l'autre carrosse sortit, fière et l'oeil assuré, malgré l'accueil glacé qui lui fut fait, la duchesse de Montpensier, dont le cortège était nombreux et magnifique. Celle-ci était moins tranquille. La Ramée, en mourant, avait laissé surnager trop de secrets. Les deux troupes s'étant jointes au bas des degrés, Henriette et son père, qui déjà commençaient à monter, s'arrêtèrent un moment et s'effacèrent pour laisser passer la terrible Lorraine. Celle-ci attacha son regard perçant sur la jeune fille, et, comme si elle l'eût devinée digne de poursuivre et d'achever son oeuvre, elle l'honora d'un sourire et d'un salut.
A l'agitation qui se produisit au palais, dans les salles de la galerie, à la mine sombre de Sully, à la fugitive lueur qui voila un moment les traits du roi, chacun comprit que la scène ne pouvait manquer d'être intéressante.