Catherine de Lorraine cependant, montait lentement et arrachait des saluts à tous ceux qui avaient l'imprudence de la regarder en face. Elle parvint ainsi à la galerie, et tout d'abord, cherchant le roi, remarqua qu'il parlait bas à son ministre et au capitaine des gardes.

Après quoi Henri se remit à jouer, et ne donna plus signe d'émotion.

La duchesse s'avança jusqu'à la table de jeu, et le murmure qui se fit d'abord, puis le silence qui lui succéda, avertirent le roi qu'il était temps de détourner sa tête; d'ailleurs la duchesse allait débiter un de ces compliments comme elle savait les tourner, et dont les premières syllabes commençaient à sortir de ses lèvres.

—Sire, dit-elle, j'ai dû venir, malgré mon état de faiblesse, féliciter
Votre Majesté….

Le roi l'interrompit aussitôt. Il avait l'air froid et sec qui chez lui, visage affable et gracieux, révélait les grandes colères. Car Henri, lorsqu'il s'irritait, savait encore se contenir assez pour conserver tous ses avantages.

—Ma cousine, dit-il, au milieu du profond silence de toute l'assemblée, si je m'attendais ce soir à une visite, ce n'est pas à la vôtre.

La Lorraine changea de couleur. Elle avait espéré que la longanimité d'Henri se contenterait encore cette fois d'une formule de politesse et que les relations diplomatiques, comme on dit, pourraient subsister.

—Pourquoi, répliqua-t-elle avec émotion, Votre Majesté ne m'eût-elle pas dû attendre?

—Parce que ce soir, ce n'est pas ici la place d'une honnête princesse comme vous, le Louvre étant habité par un roi qui fait périr ses parents sur l'échafaud.

—Sire, que signifient ces paroles de Votre Majesté?