—Si j'ai d'autres péchés à me reprocher, mon corps souffre, ma mémoire faiblit… ma voix expire, n'exigez pas trop en un pareil moment. Le châtiment passe, je crois, les fautes… Absolution!
—Vous ne parlez pas des crimes? demanda le moine.
—Les crimes?… murmura-t-elle avec stupeur.
—Oui, les crimes? poursuivit le confesseur d'une voix éclatante. La force vous manque, je le crois, mais je puis vous aider. Vous avez confessé la vanité et l'orgueil. Mais la luxure!… ce crime hideux qui a rongé votre jeunesse et jusqu'à votre âge mûr, ce péché mortel que vous avez arboré comme un étendard pour vous créer des légions d'assassins!
—Moine! s'écria la duchesse en se soulevant d'une main sur son lit.
—Confessez! dit solennellement le religieux; confessez, si voulez qu'on vous absolve!
Frappée de terreur, la duchesse, au lieu de répondre, cherchait à voir, sous le capuchon, les traits de l'homme qui osait lui parler ainsi:
—Passons à l'homicide! continua l'implacable confesseur. Comptons: Henri III assassiné, Henri IV frappé deux fois, Salcède roué sur un échafaud, la Ramée mort sur un gibet, et ces milliers de soldats tombés sur les champs de bataille, et ces victimes expirant dans les ténèbres des prisons, et ces enfants morts de faim avec leurs mères, et ces familles de spectres qui pendant le siège de Paris ont rongé des cadavres pour soutenir leur misérable existence, tandis que vous buviez dans votre palais à l'usurpation du trône de France! confessez, duchesse, confessez! si vous ne voulez pas paraître au tribunal de Dieu avec cette épouvantable escorte de victimes qui vous maudissent.
La duchesse voyait de ses yeux hagards tous les assistants s'approcher avidement de l'embrasure des portes et guetter sa réponse à ce terrible interrogatoire.
—Qui êtes-vous donc? murmura-t-elle.