Telles sont les roches à la surface desquelles on trouve l’or, et qui constituent les placers. Dans les roches quartzeuses, au contraire, l’or se trouve à des profondeurs variables, mais toujours assez grandes, et qui nécessitent des travaux souterrains qu’on peut appeler mines.

Dans les placers, la veine est ou dans la roche ou dans le gravier. On dit que la veine est dans la roche lorsqu’on trouve la plus grande partie de l’or adhérent à sa surface. Le second cas a lieu lorsque le précieux métal se trouve répandu dans le gravier, et alors il est généralement fin. La veine existe plus particulièrement dans les lits creusés par les eaux. Dans les ravines, elle se trouve généralement au milieu. Il peut pourtant arriver qu’elle n’y soit pas du tout, ou bien qu’après l’avoir poursuivie pendant un certain laps de temps, elle s’arrête tout-à-coup. Dans ces deux cas, il faut pratiquer des saignées à droite et à gauche de la ravine, car il est probable, surtout lorsque les faces latérales des collines qui forment la ravine ne sont pas trop escarpées, que le lit aurifère a été comblé par d’anciens éboulements.

Lorsqu’il s’agit au contraire de l’exploitation de quartz aurifères, le premier soin à prendre est de bien s’assurer de la direction des couches du lit rocheux, afin de mieux suivre les veines de quartz qu’il renferme ; se munir d’un pic ordinaire, d’une pelle et d’un bon plat en fer, et prospecter la surface terreuse le long et à quelques mètres au-dessous des brisures des veines ; puis suivre une veine tant qu’elle se révèle, soit par ses affleurements ou par ses fragments détachés. Si, à la surface, qui avoisine la veine on reconnaît la présence de l’or, c’est une grande présomption en faveur d’une veine aurifère. Remarquer alors le point qui a fourni au prospect le meilleur rendement et pratiquer en cet endroit une coupure assez profonde, afin de savoir si la partie aurifère est contenue dans la veine du quartz ou dans son enveloppe rocheuse.

La meilleure méthode à suivre pour faire l’essai de la valeur du roc, est de le réduire en poudre fine dans un mortier portatif, et de procéder ensuite au lavage de cette poudre dans un plat. Si le résultat de l’épreuve est satisfaisant, enfoncer une sonde, qui coupe la veine juste à l’endroit où le meilleur prospect a été obtenu, et en suivre le travail à une profondeur de 40 à 50 pieds.

Au nombre des grands et pénibles travaux entrepris par les chercheurs d’or californiens, il faut donner une place élevée au percement des tunnels. Après l’exploration facile des surfaces est venue celle beaucoup plus laborieuse des profondeurs. Guidé par ses intérêts, par ses observations, et souvent aussi par d’heureux hasards, le mineur a introduit par le flanc ou par le sommet la sonde prospectrice, et il est arrivé qu’elle a ramené à l’orifice de son étroit passage des parcelles de terre ayant la couleur.

Plongeant alors plus avant à des centaines de pieds, elle a fait mieux, elle est remontée tenant dans ses serres des fragments de gravier si imprégnés d’or qu’à l’instant même et sans hésiter l’attaque du trésor mystérieux est résolue. Dans d’étroits couloirs creusés avec une patience et un courage infinis, courant souvent à chaque coup de pic le danger d’être écrasé vivant sous son œuvre, l’ardent et audacieux mineur s’est glissé comme une couleuvre, pour toucher de la main le gravier si étrangement enfoui sous une croûte de rocher. Il n’en faut pas douter, une rivière a passé par là, l’eau s’est épanchée dans une autre direction ; mais le lit est resté avec son gravier, ses galets ; et ce gravier est assez riche pour laisser une brillante rémunération à celui qui fait les frais de son extraction.

Ce sont là des travaux de longue haleine. Ils ont conduit à de curieuses révélations géologiques, que la science recueillera et qu’elle éclairera un jour de son flambeau. Ce sont des travaux ingrats, périlleux, dans lesquels l’expérience est souvent déjouée par les caprices du hasard. Il faut arriver juste à l’endroit cherché, ni trop haut, ni trop bas, sous peine de s’égarer dans son propre souterrain. Et cependant un grand nombre de mineurs se sont voués courageusement à ces travaux de montagnes, et d’énormes fortunes ont surgi de leurs fouilles. Il est des montagnes, dans certaines contrées, qui sont percées de tunnels au point de ressembler à des ruches à miel ; seulement, au lieu de l’abeille laborieuse, c’est l’homme non moins laborieux qui pénètre hardiment dans les sombres alvéoles.

CHAPITRE XI.

Départ pour les placers. — La mine de Sonora. — L’avenir d’une pépite. — Les mines du Sud. — Sur un abîme. — Œdipe et Antigone. — Les placers du Nord. — La rivière Klamath. — Retour à San-Francisco.

Je passai ainsi l’hiver à San-Francisco, au milieu d’intéressantes études. D’ailleurs, sur les bords du Pacifique, l’hiver n’existait pour ainsi dire que de nom. Excepté pendant la saison des pluies, le ciel était toujours d’un bleu limpide, la mer chaude et azurée. L’éternel printemps du Sacramento émaillait les verts horizons de ses oiseaux et de ses fleurs, tandis que le froid déchaînait ses rigueurs sur les hauts plateaux de la Sierra-Nevada.