» Cela se conçoit par la grande densité de l’or, qui tend toujours à le faire descendre dans les parties inférieures du dépôt. Le drift et l’argile de l’époque quaternaire ont été souvent remaniés, surtout le long des rivières, et, dans ce cas, ils forment un dépôt alluvial moderne, contenant aussi de l’or roulé en grande quantité. C’est dans ce terrain d’alluvion de l’époque actuelle que se trouvaient les premiers placers exploités, et c’est là aussi qu’on a découvert les plus riches dépôts aurifères. Ainsi, il y a des bars (remous et plages de rivières) d’où l’on a retiré des quantités d’or réellement prodigieuses. Tels qu’à l’île des Mormons, sur la rivière américaine, Long-Bar, Forster-Bar, French-Coral, etc. ; sur la célèbre et riche Yuba, où, dans des creux de rochers appelés par les marins poches, on a tiré en deux ou trois jours jusqu’à cent vingt mille francs d’or. De plus, des pépites d’un poids et d’une valeur considérable s’y rencontrent assez souvent ; la plus grosse pépite trouvée jusqu’à présent pesait cent soixante-et-une livres ; en calculant qu’elle contenait en maximum vingt livres de quartz, sa valeur était de 195,000 francs. Elle a été trouvée en novembre 1854, dans le comté de Calavera.

» L’état normal de l’or natif est d’être dans les filons de quartz, qui lui servent de gangue et de matrice ; il s’y trouve disséminé le plus souvent en particules très-fines, qu’on aperçoit rarement à l’œil nu. Ce n’est qu’en 1850, c’est-à-dire plus de deux années après la découverte de l’or en Californie, que deux mineurs de Genève découvrirent à Grass-Valley, dans le comté de Nevada, des veines de quartz aurifère ; près de Nevada-City même se trouve une de ces veines qui a été exploitée avec profit. Elle est connue sous le nom de mine de Canada-Hill, parce qu’elle fut découverte par des Français canadiens ; elle a de six à huit pouces d’épaisseur. Le quartz aurifère de Canada-Hill a la structure caverneuse avec cellules tapissées de fer à l’état de peroxyde et de pyrite, présentant souvent des paillettes d’or ou des filaments arborescents de ce précieux métal, visibles à l’œil nu. Par suite de cette structure cellulaire, la roche quartzeuse est moins dure que ne l’est ordinairement le quartz ; sa cassure est écailleuse et très-irrégulière ; sa couleur est d’un blanc laiteux, souvent jaunâtre, par suite de la grande quantité de fer qui s’y trouve répandue. La surface extérieure de la veine est de couleur jaunâtre et noire.

» On trouve rarement le quartz entièrement imprégné, et pour ainsi dire badigeonné de pépites d’or. L’un de ces plus beaux fragments badigeonnés d’or, et nommé par les mineurs big lump of gold, a été extrait de la mine de Lafayette-Helvétie, à Grass-Valley ; il pesait cent cinquante livres et contenait six mille francs d’or. La veine de cette mine a trois pieds d’épaisseur, et elle a atteint à un endroit jusqu’à cinq pieds ; elle est très-productive, et est la première veine découverte et exploitée ; elle appartenait à une société composée de jeunes mineurs suisses, français et hollandais, d’une éducation parfaite. On remarquait parmi eux des comtes et des marquis.

» Dès le commencement de l’exploitation de cette veine, elle donna de très-forts dividendes, malgré les dépenses excessives de l’achat du transport de la première machine à vapeur pour briser le quartz qu’il y ait eu en Californie. C’est à deux Génevois, faisant partie de cette société, que la Californie est redevable de la première usine pour l’exploitation du quartz aurifère. D’après ce que l’on a pu observer dans le peu de temps que les mines de quartz ont été exploitées, la richesse des veines va en diminuant à mesure que l’on s’enfonce, et c’est près de la surface du sol que les veines sont les plus riches.

» En 1854, il y avait en Californie quarante mines de quartz aurifère, dont les opérations payaient un dividende plus ou moins fort, selon leur importance. »

A ces renseignements intéressants sur les résultats des premières exploitations californiennes, j’ajouterai les détails suivants, relatifs aux divers modes d’extraction du précieux métal, et aux rudes travaux que nécessite la recherche de l’or. Ils émanent d’hommes spéciaux, de mineurs expérimentés, et notamment de M. C…, ingénieur des mines en Californie.

L’or, selon les calculs les plus probables est le résultat d’anciens volcans aujourd’hui éteints. Il peut encore être le détritus de roches qui se sont décomposées au contact et sous l’influence de l’atmosphère, ou bien il peut avoir même pour cause des soulèvements partiels qui auront dû fréquemment crever le sol au premier âge de la terre, en admettant l’hypothèse que la planète que nous habitons ait été dès l’origine un corps incandescent, comme le veulent beaucoup de géologues. L’or existe dans tous les terrains d’alluvion des montagnes, même sur le sommet des plus hautes montagnes, dans les monts Scotts et ceux qui séparent le bassin de Weaverville d’Orégon-Gulch.

On peut réduire à trois classes générales les diverses roches à la surface desquelles on trouve l’or. D’abord les granites, qui constituent la majeure partie des terrains primitifs, et sont des roches presque toujours à surface unie. On trouve quelquefois beaucoup d’or dans la couche de gravier qui repose sur le granite.

En second lieu, vient l’amphibole, roche excessivement dure, à couleur bleu verdâtre. Par sa nature, elle est très-peu propre à retenir l’or. Il arrive pourtant quelquefois que les crevasses ou poches dont elle est parsemée contiennent beaucoup d’or.

Vient enfin la classe des phyllades, roches à feuillets plus ou moins prononcés. Par leur principe constitutif, ces roches sont très-propres à retenir l’or ; aussi se montrent-elles quelquefois d’une richesse vraiment incroyable. Le nettoyage de ce genre de roches demande beaucoup de soins. On peut trouver de l’or jusqu’à un pied et demi de profondeur dans les fissures et faire de bonnes journées là où de nombreux mineurs auront passé. Il y a encore un autre genre de roches aurifères, que les mineurs désignent sous le nom de roches pourries, et qui paraissent appartenir à la famille des phyllades. Le tale domine en grande proportion dans leur principe constitutif ; or, le tale est de sa nature très-apte à se décomposer sous l’influence atmosphérique.