En 1876 parut la première édition de la carte générale de l’Algérie à 1/800,000e en 4 feuilles, publiée par le Dépôt de la guerre ; elle s’étend jusqu’à la latitude d’El-Goléa[169].

Sauf ces résultats scientifiques et les résultats locaux obtenus dans l’Oued-Rir, on voit que la période qui va de 1864 à 1879 mérite véritablement le nom de période de stagnation sous lequel nous l’avons désignée. Si l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh et la guerre de 1870 expliquent assez l’origine de cette stagnation, on ne voit pas pourquoi elle s’est prolongée aussi longtemps. Or, en pareille matière, ne pas avancer c’est reculer. Au point de vue de l’occupation, la marche naturelle des choses nous conduisait à prendre possession du Touat et à nous assurer de gré ou de force de la route de Ghadamès et de Ghat. Nous n’avons osé agir ni à l’Est, ni à l’Ouest ; l’expédition d’El-Goléa a été une demi-mesure sans utilité, qui n’a fait en quelque sorte que souligner notre faiblesse, de même que, dans nos expéditions du Sud-Ouest, nous semblions avoir peur des ksouriens de Figuig. Enfin, en 1874, Ghat, qui avait vécu indépendante jusque là, fut occupée par les Turcs. L’importance de cette prise de possession, contre laquelle nous aurions pu protester et que nous aurions pu empêcher, nous échappa complètement à ce moment[170]. Au point de vue de l’exploration, les résultats sont nuls ; ceux des rares explorateurs qui ne sont pas de simples martyrs de la foi ou de la science sont trop mal préparés et passent trop rapidement pour pouvoir faire œuvre utile. Ils ne rapportent ni itinéraires soigneusement levés, ni observations scientifiques, trop heureux de rapporter leur tête sur leurs épaules. Au point de vue commercial, les illusions, explicables pendant la période précédente, se maintiennent et s’aggravent, malgré les démentis de l’expérience. Dans la pratique, les caravanes du Sud ont complètement abandonné le chemin de l’Algérie et aucun échange de quelque importance ne se fait par cette voie avec le Soudan. Les projets de chemins de fer transsahariens vont pendant quelques années modifier cet état de choses et provoquer toute une série de missions importantes.


[136]Documents, II, p. 817-818.

[137]Id., II, p. 823.

[138]Jules Cambon, Documents, II, préface, p. XI.

[139]J. Cambon, ibid.

[140]Documents, II, p. 81.

[141]Duveyrier, Historique, p. 242.