[1]Schirmer, Le Sahara, Paris, 1893, p. 23.
LA
PÉNÉTRATION SAHARIENNE
CHAPITRE PREMIER
LES PREMIÈRES TENTATIVES (1830-1852)
L’occupation étendue et l’occupation restreinte. — Les renseignements anciens et nouveaux. — Cartes de Rennell et de Lapie. — D’Avezac. — La Commission scientifique de l’Algérie. — Carette (1844). — Daumas (1845). — Carte du Sahara algérien. — El-Aïachi et Moula Ahmed. — Expéditions dans l’Atlas Saharien (1844-47). — Les Etablissements français. — L’expédition Cavaignac et le docteur Jacquot. — Nouvel ouvrage de Daumas. — Projets commerciaux : Subtil, Jacquot. — Tentatives d’exploration : Prax, Berbrugger. — Conclusion.
Lorsque la France, en 1830, fut amenée par la prise d’Alger à s’établir sur la côte barbaresque, il ne pouvait être encore question d’entrer en contact avec le Sahara. Il fallut d’abord conquérir le Tell, et d’ailleurs, pour le Tell même, les discussions durèrent plusieurs années entre les partisans de l’occupation étendue et les partisans de l’occupation restreinte, voire de l’évacuation.
Les événements, plus forts que les théories, se chargèrent de résoudre la question. On fut amené par la force des choses à conquérir l’Algérie toute entière ; on s’aperçut[2] qu’il fallait être maître partout, sous peine de n’être en sécurité nulle part.
Cependant, dès le début de la conquête, on s’était préoccupé de rechercher et de réunir des renseignements sur les régions sahariennes, en attendant qu’on pût en faire l’exploration directe. Il y a lieu, disait le capitaine Carette[3], de distinguer la géographie mathématique, c’est-à-dire les éléments obtenus par les opérations exactes, ayant le caractère de la certitude, et la géographie critique, c’est-à-dire les indications fournies par des voyageurs auxquels l’usage des instruments de précision était interdit, ou par des géographes dont le témoignage n’est pas irrécusable. C’est de 1830 que date l’ère de la géographie positive en Algérie : le Sahara, au contraire, restait et devait rester longtemps encore le domaine de la géographie critique.