CHAPITRE VI
LA PÉRIODE DU PARTAGE DE L’AFRIQUE (1890-1900)
[I.] — La convention de 1890 avec l’Angleterre. — Occupation d’El-Goléa (1891). — Voyage de M. Cambon à El-Goléa (1892). — Projets d’expédition au Touat. — Les bordjs (1892-93). — Prise d’In-Salah (1899). — Progrès dans l’Afrique occidentale et centrale. — Prise de Tombouctou. — Politique saharienne du Soudan. — La « course au lac Tchad ». — La convention de 1899.
[II.] — Explorations : Jacob (1892). — Godron (1895). — Flamand (1896). — Germain et Laperrine (1898). — Cornetz (1891-94). — Foureau (1890-1900). — La mission Foureau-Lamy (1898-1900).
[III.] — Tentatives de pénétration commerciale. — G. Méry (1892-93). — D’Attanoux (1893-94). — Morès (1896). — Question des marchés francs (1893). — Question du Transsaharien.
[IV.] — Renseignements recueillis par MM. Deporter (1890) et Sabatier (1891). — Ouvrages de MM. Schirmer, Flamand, Vuillot, de la Martinière et N. Lacroix. — Cartographie saharienne.
I
Par la convention du 5 août 1890, « le gouvernement de S. M. B. reconnaît la zone d’influence de la France au Sud de ses possessions méditerranéennes, jusqu’à une ligne de Say, sur le Niger, à Barroua, sur le Tchad ». Cette convention a été assez diversement appréciée[262]. Suivant les uns, elle nous permet de réunir toutes les colonies françaises du nord et de l’ouest de l’Afrique et d’en faire un tout. Suivant les autres, cette union est purement fictive et imaginaire ; pour la satisfaction de teinter aux couleurs françaises, dans nos atlas, les vastes espaces vides du Sahara, nous avons abandonné aux Anglais les véritables portes de sortie de l’Afrique centrale, le Niger inférieur et la Bénoué. Sous prétexte de nous autoriser à prolonger l’Algérie vers le Sud, autorisation qui ne nous était nullement nécessaire et que personne ne songeait à nous refuser, nous nous sommes laissés exclure des riches territoires du Sokoto. Lord Salisbury se vanta, non sans quelque apparence de raison, de nous avoir attribué la mauvaise part, en nous donnant « les terres légères » du Sahara, où le coq gaulois trouverait « de quoi gratter ».
Quoi qu’il en soit, si nous voulions tirer parti de cette convention, la première chose à faire était de prendre possession du Touat sans plus tarder. Tel paraît bien avoir été un moment notre pensée. Un projet d’expédition aux oasis du Sud-Ouest par Igli et l’Oued-Saoura fut étudié en 1890, puis ajourné[263]. On se contenta de créer en 1891 un poste permanent à El-Goléa, à cheval sur l’Oued-Mya qui va à l’Igharghar et l’Oued-Seggueur qui va à l’Oued-Saoura ; en ce point, l’Oued-Seggueur, sortant de l’Erg, bute contre le plateau crétacé et repart par un coude brusque dans une direction perpendiculaire, en prenant le nom d’Oued-Meguiden et en se dirigeant à l’W. S. W. vers l’Aouguerout[264].
Cette mesure aurait dû être le prélude d’une action sur In-Salah. Au mois d’août 1891, M. Jules Cambon écrivait combien il lui paraissait nécessaire qu’enfin la France prît une résolution qui assurerait définitivement la tranquillité de l’Algérie et sa domination dans le Sud : « Les oasis du Touat, du Gourara et du Tidikelt, disait-il, ont servi de refuge à tous les hommes de nos tribus plus ou moins compromis, et ont été le centre de toutes les agitations qui se produisent contre nous ; c’est là, au Deldoun, que s’est réfugié Bou-Amama, qui cherche par tous les moyens à encourager les insurrections, les razzias et les défections. D’un autre côté, le souvenir de la mission Flatters, qui n’a pas été vengée, écarte de nous les Touareg qui l’ont concertée. Enfin les nécessités de la politique nous ont conduits à reconnaître la suzeraineté de la Porte sur Ghadamès et sur Ghat ; il en résulte que, si nous laissons échapper le Touat, qui est la plus grande ligne d’eau et de la population se dirigeant à travers le Sahara vers l’intérieur de l’Afrique, comme d’autre part la ligne des oasis de Ghadamès-Ghat ne nous appartient plus, nous n’avons plus de voie de pénétration facile et sûre dans le Sahara, et le traité conclu avec l’Angleterre l’an dernier relativement à l’hinterland algérien sera devenu une lettre morte entre nos mains[265] ».