Déjà la nécessité de réduire des adversaires aussi actifs que les auteurs des récents coups de main avait amené au mois d’août précédent l’occupation d’El-Ardja, pour surveiller les massifs montagneux qui sont au nord de Figuig, puis celle de Ben-Zireg à la pointe septentrionale du Djebel Bechar. L’œuvre ainsi ébauchée fut bientôt complétée par la création (11 novembre 1903) d’un poste à Colomb, près de l’oasis de Béchar, de façon à couvrir la route qui suit la vallée de la Zousfana et à amener les Douï-Menia et les Ouled-Djerir, jusqu’alors insoumis, à accepter notre juridiction, conformément aux droits que nous avaient reconnus le protocole du 20 juillet 1901. Un cercle des affaires indigènes était en même temps installé à Colomb.

L’année 1904 a été marquée par le perfectionnement de l’organisation défensive de nos confins du Sud et du Sud-Ouest. Deux nouvelles compagnies montées furent créées l’une à la légion étrangère, l’autre au 2e régiment de tirailleurs ; une quatrième compagnie saharienne fut constituée à Beni-Abbès, et une cinquième à Colomb. D’un autre côté, un détachement important alla s’établir le 15 juin à Berguent, point d’eau de l’Oued-Charef, à 4 kilomètres au Sud de Ras-el-Aïn, afin de parer aux incursions de Bon Amama et de ses contingents, et d’enlever au marabout la possibilité de revenir dans le pays compris entre Figuig et le Haut-Guir.

L’heureux résultat de ces efforts ne tarda pas à se manifester : de nombreux groupes des Douï-Menia et d’Ouled-Djerir vinrent faire leur soumission et les Beni-Guil, dans une entrevue solennelle à Aïn-Sefra, affirmèrent leur désir de vivre en paix avec nous.

En 1905, des opérations sont dirigées contre un djich qui, au mois de décembre 1904, avait attaqué une caravane à Hassi-Ouchen, aux abords du Gourara. Les auteurs de ce coup de main sont battus et dipersés sur le Guir, à Garet Douifa. A la suite de cette affaire, le lieutenant Canavy s’avance jusqu’au ksar Es Saheli, dans le Haut Guir, où se trouve la petite zaouïa de Moul-Sehoul dont les marabouts reçoivent fort bien notre reconnaissance.

En janvier 1906, le groupe mobile de Berguent, appuyé sur une compagnie de la légion montée, surprend dans l’Oued Nesly un rezzou de Chaanba de Bou-Amama qui depuis plusieurs années inquiétait nos postes et nos caravanes et lui inflige une sérieuse leçon.

En mai 1906, trois détachements partis de Berguent, de Forthassa et de Beni-Ounif, viennent converger à Metarka, dans l’Oued Charef, à proximité des campements des Beni Guil dissidents qui, en janvier 1905, avaient enlevé 145 chameaux à nos Hamyan. Cette démonstration suffit pour amener les bandits à composition et les contraindre à restituer leurs prises.

La situation s’est donc beaucoup améliorée dans le Sud-Ouest depuis quelques années. Il n’y a plus eu de grand rezzou depuis celui d’Hassi-Ouchen, et l’excellence de la méthode du général Liautey a été démontrée par les faits.

Les négociations qui ont précédé la conférence d’Algésiras ont reconnu et confirmé notre droit exclusif à assurer la police dans la région-frontière « sur les territoires où résident, campent et se meuvent traditionnellement les tribus marocaines, sédentaires ou nomades en relations ou en contact habituels avec les tribus algériennes[354] ».

Le Tafilelt est désormais la région la plus hostile à notre influence. C’est là que vivent les Ouled Djerir et les Douï Menia dissidents. C’est du Tafilelt que partent les grandes harkas dirigées contre nos postes et nos administrés. L’une d’elles, au mois de juillet 1904, s’avance même jusqu’auprès de Tombouctou pour razzier les populations soumises à l’Afrique occidentale française. Elle essuie dans cette région, au mois de novembre, une sanglante défaite.

Les routes que suivent les harkas du Tafilelt pour aller au Sahel ou au Niger échappaient jusqu’ici par leur éloignement à la surveillance des postes extrêmes du Sud Algérien ; cependant quelques-uns de leurs points de passage ont été reconnus en 1905 par le capitaine Flye-Sainte-Marie, commandant la compagnie saharienne du Touat, qui a traversé l’Iguidi, poussé une très belle reconnaissance dans l’ouest de la Saoura jusqu’à 9° 11′ Ouest, à 160 kilomètres seulement de Tindouf et recoupé, aux puits de Marabouti et de Bir Aouina, les itinéraires d’Oskar Lenz et de René Caillié[355]. Le capitaine Flye-Sainte-Marie a reconnu ainsi toutes les routes du Maroc méridional au Soudan ; elles seraient aisées à dominer en occupant quelques points de l’Iguidi par lesquelles elle doivent forcément passer. Elles sont d’ailleurs aujourd’hui entièrement désertes, et aucun commerce n’y existe plus[356].