La nuit tombée apportait la fraîcheur à ses tempes.
La lune se levait sur le désert, avec son enflure de visage mort, sa lueur douce d’énorme lampe.
Oui, les hommes se reprenaient. Au fond ils étaient meilleurs que beaucoup le disaient, qu’eux-mêmes n’en avaient l’air. Seulement il fallait des occasions.
Lefort se souvenait d’un livre prêté par Latullère :
— « C’est aussi les mutins qu’on fusillait chaque jour… l’an IV, à Mantoue, les canonniers de la 33e demi-brigade réclamèrent leur solde en braquant leurs pièces sur les généraux. »
Quelques mois plus tard, songea-t-il, à Arcole et à Rivoli, ces bandits se rendaient immortels.
Fervent de Napoléon, il savait ses campagnes par cœur.
Les exemples lui revenaient en foule :
« A la Corona, le général dit à son chef d’état-major : Écrivez sur les drapeaux : la 39e et la 85e demi-brigade ne font plus partie de l’Armée d’Italie. — Général, envoie-nous à l’avant-garde, là nous te prouverons que nous sommes toujours de l’Armée d’Italie ! »
Et d’autres ! L’an Ier de la République, Bouvet, à bord de l’Aréthuse, appareillait avec un équipage indiscipliné, ignorant.