Aube, qui gardait difficilement l'équilibre sur le bord de l'excavation qui lui servait d'appui, prononça le oui qu'on réclamait d'elle; elle venait de reconnaître que l'entreprise était au-dessus de ses forces.
Zoé l'aida à reprendre pied, puis, la regardant dans les yeux, elle dit d'une voix sifflante:
— Là! vous ne vous sauverez plus. Nine ne m'aurait pas tant battue, elle a un coeur de mésange. J'ai menti. Mais vous, vous avez promis et vous ne pouvez pas mentir, c'est bon pour nous autres… Vous auriez bien voulu que Nine me tue.
Dans sa rage, elle sauta sur la falaise, détacha un des grelots d'Olge quelle portait encore à sa ceinture et le lança dans le torrent. Il s'y engloutit avec un son plaintif comme un sanglot. Et, un à un, avec une lenteur cruelle, elle jeta les grelots pour qu'Aube ne les eût jamais plus. Ils s'évanouirent, petites voix éteintes, petites âmes harmonieuses perdues dans le torrent, et, quoique l'eau fût violente, il sembla à Aube qu'un grand silence s'était fait autour d'elle.
Aube regagna la cabane. Elle s'étendit sur son lit et refusa de souper. La traîtresse violence de Zoé après ses larmes, l'avait à la fois révoltée et anéantie. Mentir, c'est bon pour nous autres… L'amère humilité de ces mots l'oppressait. Il était impossible d'arriver jusqu'à ces coeurs retors et durs, aussi impossible que de traverser le torrent sans aide. Rien n'éteindrait l'antagonisme qui les avait toujours séparés d'elle.
— Va voir ce que veut la demouéselle, commanda dans la salle la grand'mère.
Zoé obéit avec indifférence. Quand elle fut dans la chambre d'Aube, celle-ci se souleva à demi sur sa couchette.
— Viens, Zoé, dit-elle à voix basse.
Zoé s'approcha. Aube, par une impulsion soudaine, attira l'enfant à elle, sous la clarté indécise qui tombait encore de la petite fenêtre, elle plongea ses yeux inquiets, pleins de reproche, dans les yeux mornes de Zoé. Mais elle avait dit:
— Zoé, écoute… C'est moi qui te demande pardon.