Au lieu des mots accusateurs qu'elle avait cherchés pour condamner l'enfant, la forcer au repentir, c'était cette prière qui était sortie de sa bouche.

Zoé ne bougea point, Aube sentit sous ses doigts comme un frisson qui aurait couru dans tout ce corps rigide. La petite créature toujours rétive tressaillit; puis, tout à coup, se ploya comme brisée et s'abandonna contre Auberte, comme jadis l'avait fait Camille Droy repentante.

L'enfant dit tout bas d'une voix essoufflée:

— Je suis fâchée… bien fâchée.

Elle s'en alla, rappelée par la grand'mère. Aube retomba sur son lit et demeura longtemps les yeux grands ouverts dans l'ombre. Elle avait senti battre un coeur tout semblable en cette petite paysanne sauvage et chez Camille Droy, la fillette civilisée et fine. Le même instinct tout puissant, irrésistible, avait jeté dans ses bras les deux enfants coupables.

Le lendemain, Aube s'éveilla bien avant son heure accoutumée et entendit qu'on parlait d'elle.

— Tu devrais emmener la demouéselle pendant la visite de l'autre, disait, derrière la cloison, Nine à Zoé. Puisque c'est le jour et l'heure…

— L'autre ne fait pas plus de bruit qu'une souris.

La demouéselle ne s'éveillera pas avant deux heures… et je ne veux pas m'en aller, conclut finalement Zoé.

— Laisse la petite, Nine, et va plutôt au-devant de ton monde pour l'assister, interrompit la grand'mère.