L'inconnue était mise en habitante fort moderne du monde civilisé. Elle était très mince, très élancée, de tournure élégante, et son type n'avait certes rien de banal. Son visage, irrégulier et délicat, était accaparé par ces yeux rieurs, d'un gris pâle et limpide, qu'Auberte avait vus tout à l'heure; sa peau, si fine qu'elle atteignait une idéale transparence, était presque uniformément rose tendre, à peine si elle s'avivait aux joues d'une teinte plus prononcée; enfin, elle était nu-tête et sa chevelure assez ébouriffée, d'une consistance moelleuse, était d'un blond de chanvre presque blanc quand on la voyait sous un certain jour, et s'éclairait par instants d'une lumière extrêmement pâle, un peu féerique.

— Et qui est donc Gillette Droy? dit Auberte qui retrouvait déjà sa dignité sérieuse, empreinte de douceur.

Mlle Gillette se retourna comme pour en appeler aux arbres, à la
Maison, ou à quelque invisible témoin.

— Elle ne sait pas qui nous sommes!… fit-elle.

Et revenant à Auberte:

— Vous ne savez pas à qui appartient cela?

Elle embrassa du geste tout son inculte domaine avec la Maison dont un coin de toit dépassait le feuillage.

Auberte ne pouvait croire à la vérité qu'elle voyait poindre; une sorte d'animation amena un peu de sang à ses joues.

— La Maison appartient à des gens qui ne l'habitent point, fit-elle; des parents éloignés à nous, je crois.

— Oh! pour la parenté, qu'il n'en soit pas question, s'il vous plaît, intercala Gillette; mais la Maison est à nous, bien à nous. Mon père ne pouvait pas l'habiter parce qu'il avait une profession. Il vient d'obtenir sa retraite et nous sommes arrivés cette après-midi. Eh bien! voyons…