Aube se tourna vers Zoé.
— Veux-tu venir avec moi? demanda-t-elle. Je te garderai à
Menaudru, si tu t'y trouves heureuse.
XIII
Mme de Menaudru était en route pour Sainte-Cécile.
Le trajet qu'elle faisait dans sa voiture lui parut un peu long. Pendant sa courte absence, elle avait senti avec une sorte d'angoisse sa tendresse pour Auberte; la mère reconnaissait l'incapacité douloureuse de sa nature passive, absorbée par d'autres devoirs, mais elle se répétait quelquefois, avec des larmes muettes, combien elle aimait l'enfant.
Aujourd'hui, elle arrivait de Menaudru, où elle avait dû revenir avec son mari avant de s'occuper d'Aube; elle avait une grande hâte inavouée d'embrasser sa fille; elle se promit qu'Aube ne retournerait pas de si tôt à Sainte-Cécile et que bien qu'elle pût si peu jouir de l'enfant, elle la garderait jalousement près d'elle.
Dans la seconde partie du trajet, elle se demanda pourquoi Aube ne lui avait pas écrit: en trois jours, cela ne valait pas beaucoup la peine, mais elle n'avait pas voulu emmener Jeanne comme de coutume: qui sait si son épaule ne lui avait pas encore fait mal? Elle n'avait rien fait dire non plus à Menaudru. La Comtesse donna au cocher l'ordre de presser l'allure de ses bêtes.
Aube se plaisait beaucoup à Sainte-Cécile: si elle allait vouloir
y rester? Mme de Menaudru eut un sourire: elle savait que même
Sainte-Cécile ne pouvait rivaliser pour Aube avec Menaudru.
L'enfant aimait trop ce château, il buvait son âme.
Peu après, le coupé entrait en grande pompe dans cette cour riante, si régulièrement fleurie qu'Aube comparait ses parterres à des émaux. La Comtesse avisa un vieux jardinier auquel elle adressa la parole.
— Mlle Auberte vous a-t-elle encore aidé? Je ne vois pas son arrosoir.