— Mlle Auberte? dit le vieux abritant ses yeux faibles de sa main tremblante. Je ne l'ai point vue.

— Elle n'est pas descendue au jardin, elle a été souffrante?

— Je ne sais point. Elle n'est pas à Sainte-Cécile, madame la Comtesse, ou peut-être qu'elle est arrivée aujourd'hui; mais ce matin, pour sûr, elle n'était pas au déjeuner. C'est moi qui avais arrangé le bouquet du milieu pour la table des dames pensionnaires, et Mme de Moiat m'a appelé pour me faire compliment.

Mme de Menaudru était persuadée que le vieillard se trompait, et, pour mieux se prouver sa parfaite certitude, elle dit au valet de pied que Mlle Auberte reviendrait en voiture et qu'il faudrait ramener la mule. Elle ne posa même aucune question à la personne qui l'introduisit; elle s'en repentit, car l'attente dans le salon lui parut interminable.

La porte s'ouvrit et Aube entra avec une petite fille.

Aube embrassa tendrement sa mère, lui présenta Zoé, puis envoya la petite jouer au jardin.

Mme de Menaudru regardait sa fille avec une sorte d'étonnement.

— Chère maman, dit Aube en passant sur son front et ses yeux la chère main hésitante, si indulgente et si douce, qu'on lui avait abandonnée, Mme de Gourville va venir, je vous prie de ne pas lui demander ce que j'ai fait pendant ces trois jours, je vous le dirai moi-même bientôt sans rien omettre: Je n'étais pas ici.

— Pas ici! s'écria la Comtesse.

— Il n'y a rien à regretter, j'ai eu là trois journées précieuses… oui, malgré tout.