Elle n'essayait plus de donner le change à Auberte. Elle reprit d'un trait:
— Ce qu'il y a d'affreux à songer, c'est que Hugues, avec ses dons supérieurs, est dans une impasse, que, malgré le noble parti qu'il tire de sa situation, cette situation n'a pas d'issue. Son défaut de fortune lui interdit d'épouser une femme pauvre, il est trop fier pour jamais en demander une autre…
— Même s'il l'aimait? fit Auberte.
— Il ne le fera jamais; vous ne le connaissez pas.
— Mais si une jeune fille riche, de notre monde, se savait appréciée de Hugues et voyait qu'elle peut transformer son sort, elle devrait aller à lui et lui dire loyalement qu'elle souhaite d'être sa femme. Oh! croyez-vous qu'elle le pourrait? dit Aube toute frémissante.
— Elle le devrait, fit Stéphanie; oui, si elle était brave, ce serait peut-être son devoir et son bonheur… Mais un tel sacrifice…
Elle ne voyait plus Aube, elle regardait en elle-même et ses yeux semblaient n'y découvrir qu'un sombre, un triste horizon.
Depuis quelque temps, en effet, Stéphanie voyait naître pour elle des espérances de fortune; devant cette perspective elle n'avait pensé qu'à Hugues, à Hugues qu'elle avait formellement refusé d'épouser quand elle était trop pauvre pour lui. Elle s'était dit que, maintenant, si elle devenait une héritière, ce serait à elle de parler, de décider Hugues à leur union. En entendant Aube exprimer cette même idée, elle n'eut pas une minute le soupçon que la jeune princesse de Menaudru ambitionnait pour elle-même le titre de fiancée d'Hugues, et qu'elle voyait dans les réponses de Stéphanie un encouragement positif à ses timides espérances.
Stéphanie fut soudain rappelée à elle: une main se posait sur son bras.
— Mais, dit Aube tout bas, il faudrait être bien sûre qu'il l'aime.