— De votre nièce? répéta Auberte sans quitter des yeux la gravure qu'elle tenait. Je ne savais pas que vous ayez une autre nièce que moi et, encore, je ne le suis que parce que vous le voulez bien.

Et elle ajouta, les cils toujours abaissés, mais avec un sourire tendre qui erra une seconde sur sa bouche timide:

— Vous voulez bien être encore mon oncle?

— Oui, quand même… mais non, sensitive, pas de quand même avec vous, nous sommes trop heureux de faire votre volonté. Enfin, j'ai une autre nièce, ne vous déplaise, quoiqu'elle ait mis un peu d'empressement à vous apprendre le lien qui nous unit. Elle doit venir tout à l'heure me faire la visite qu'elle me rendait de loin en loin — de très loin en très loin — à Gourville, quand elle n'était pas encore votre voisine. Tenez, je gagerais que la voici.

Mme de Menaudru fit entrer Stéphanie d'Aumay et s'effaça.

Aube avait précipitamment quitté son siège.

— Oui, Mlle d'Aumay est ma nièce, dit M. de Gourville diverti par l'étonnement d'Auberte, au même titre que Laurent; seulement, elle ne m'a pas donné les mêmes satisfactions que votre frère et nos relations sont restées tièdes. Nous allons changer tout cela. Asseyez-vous, Stéphanie; ne vous sauvez pas, Auberte, vous entendrez des choses intéressantes et c'est un régal assez peu fréquent en ce pauvre monde pour qu'on n'en fuie pas l'occasion. Vous venez donc nous dire, Stéphanie, que vous capitulez. Vous avez réfléchi, ainsi que je vous en priais, et vous vous résignez de bonne grâce à être heureuse et riche en épousant mon neveu Laurent?

— Non, je ne peux pas, murmura Stéphanie, et le mouvement plus rapide de ses lèvres trahissait seul son agitation. Mais M. de Gourville n'avait pas entendu.

— Vous savez que, pour ma part, poursuivit-il, je n'étais pas enchanté de vous et que je me serais contenté sans murmure d'un seul héritier. Mais Laurent refuse, il dit que vos droits égalent les siens. Et Laurent de Menaudru…

— Laurent de Menaudru est l'honneur même, dit Stéphanie à demi-voix.