— Nous sommes d'accord. Je vous ai avisée par lettre que j'allais, moyennant une insignifiante condition, vous faire part à mon héritage, et, depuis que je suis à Menaudru, je vous ai fait savoir que la condition, c'était ce mariage. Si vous ne la trouvez pas insignifiante à première vue, c'est tout à la louange de Laurent. Mais nous arrivons à nous expliquer et vous acceptez d'être la femme de ce pointilleux gentilhomme.

Aube écoutait silencieuse, ses narines palpitaient un peu.

— Finissons-en d'un ridicule malentendu qui vous fait jouer le rôle de gouvernante. Vous habiterez Gourville avec moi, et, à ma mort, vous jouirez de mon héritage avec Laurent. C'est une excellente solution.

— Non, dit Stéphanie se contraignant à parler plus haut: c'est impossible, je ne peux pas.

Cette fois, il avait entendu.

— Vous ne pouvez pas? s'écria-t-il. Vous ne pouvez pas épouser mon neveu, Laurent de Menaudru? Qu'avez-vous contre lui?

— Rien. Je l'estime. Je puis même dire maintenant, fit-elle d'un ton un peu sec, qu'il est l'homme que j'estime le plus.

Même devant Auberte, Stéphanie ne pouvait contenir l'amertume que lui laissait la conduite de Hugues.

Elle ne connaissait pas plus que les autres, les circonstances qui avaient entraîné le consentement du jeune homme. Que Hugues eût renié les scrupules de sa fierté pour épouser la jeune héritière de Menaudru, c'était pour Stéphanie une déception quelle n'acceptait pas sans révolte; et il lui fallait constater, par surcroît, que Hugues trouvait une joie consolante dans l'affection d'Auberte.

— Vraiment? fit M. de Gourville enchanté. Vous aurez eu des désillusions avec les incomparables Droy.