— En tout cas, reprit-elle du même accent bref, je ne les mets plus en comparaison avec votre neveu.

— Et vous refusez celui-ci? Alors, fit M. de Gourville outré, vous êtes tout à fait folle.

La rougeur envahissait son front, une colère montait en lui tandis que Stéphanie restait maîtresse d'elle-même dans sa tristesse.

— Comprenez donc que si vous n'épousez pas Laurent…

— Il n'est pas dit que M. Laurent souscrive à votre "solution".

— Je me charge de lui faire entendre raison carrément, s'il en est besoin. Quand Menaudru appartiendra au mari de sa soeur, il sera bien aise d'avoir Gourville. Je lui ai tenu lieu de tous ses parents, il doit m'obéir et il m'obéira. Mais le refus ne viendra pas de lui. Vous ne comprenez pas du tout, fit-il, calmé par l'intense dédain que lui inspirait cette faiblesse d'intelligence féminine. Si vous vous obstinez, je ne changerai pas un iota aux dispositions que j'avais prises antérieurement pour vous et qui n'étaient pas libérales. Dites oui, au contraire, et Dieu sait si une femme raisonnable ne le crierait pas à votre place…

— Si vos bontés sont à ce prix, mon oncle, je… je les refuse.

M. de Gourville se tut et l'on n'entendit que le souffle un peu oppressé de Stéphanie.

— Vous me prouvez, reprit le vieillard, que j'ai agi sagement jusqu'ici, et que, sauf le respect que je dois à sa soeur, Laurent de Menaudru n'est qu'un nigaud quand il vous défend. Mais ce n'est pas lui qui me désappointerait dans un cas pareil. Je suis si sûr de sa soumission que je ne l'ai pas encore entretenu de mon projet, et, quand je m'en ouvrirai à lui, il n'aura pas assez de mots pour me bénir.

— Essayez, dit Stéphanie simplement.