«Une heure de l’après-midi.—Les sauvages ne sont pas revenus nous incommoder, en sorte qu’après avoir terminé mes observations de ce matin, j’ai trouvé:

Pour la bornelatitude 6° 59′ 29″ Sud.
longitude 30° 58′ 26″ Ouest de Rio Janeiro.
Pour la source
(en négligeant les secondes)
latitude 7° 1′ Sud.
longitude 31° 1′ Ouest Rio de Janeiro.

«Ces coordonnées, inscrites sur la borne et dans le procès-verbal, celui-ci lu et signé en double sur les autographes écrits en portugais et en espagnol, nous déposons autour de la croix les objets que j’avais apportés pour des cadeaux, puis, je rends grâce à Dieu de l’heureux achèvement d’une si pénible mission, et après avoir embrassé mon frère et mon collègue péruvien, nous embarquons chacun dans notre chalana; à l’heure où j’écris cette page de mon journal, nous sommes déjà en train de descendre, la poupe en avant, en poussant les embarcations à la perche.»

16 mars.

«Hier, nous avons peu avancé en cinq heures de voyage, parce que les eaux ont baissé et que nous échouons à tout instant.

«Aujourd’hui j’ai donné le signal du départ dès les premières lueurs du jour, car je suis persuadé que si le fleuve continue à baisser, nous serons exposés à de grands dangers. La viande sèche et salée est épuisée, et comme nous avons consommé notre dernier morceau de sel avant d’atteindre la source, nous n’avons absolument plus rien avec quoi assaisonner les haricots et la farine de manioc moisie, les seuls aliments qui nous restent. Le peu de biscuits que j’ai trouvé dans la chalana Gastao, quand le 5 de ce mois, avant l’attaque des sauvages, j’ai passé la revue des vivres, a été par moi offert à la Commission péruvienne qui n’est pas, comme nous, habituée à la farine de manioc.

«Actuellement, nous nous trouvons dans une véritable pénurie: On ne peut pêcher à cause de la violence du courant, la chasse est entravée par les indigènes et nous avons mangé notre dernier morceau de viande à notre dîner d’aujourd’hui!... Quelle triste perspective lorsqu’on a devant soi près de 2,000 kilomètres à parcourir!

17 mars.

«Il s’est passé ce matin un fait qui aurait pu avoir pour nous de funestes conséquences. Nous naviguions en ligne au milieu du fleuve, afin d’utiliser toute la vitesse du courant, lorsqu’au moment de doubler une pointe couverte de cannes sauvages, la chalana Jaquirana, celle de mon frère, qui descendait en tête de la colonne, heurta de la proue à un terrible obstacle.

«Une palissade de pieux verticaux fermait complètement le fleuve d’une rive à l’autre; l’eau refoulée par ce barrage formait une véritable cataracte, écumant rageusement, et se précipitant par dessus la forêt des pieux reliés entre eux par des perches amarrées avec des lianes. L’équipage de la chalana n’a pu éviter qu’elle ne fût lancée contre le barrage, où elle s’est crevée, et bien vite remplie au point d’être presque submergée.