L’arbre à lait, Lecheguayo, connu surtout des Indiens Péruviens, et qui fournit une sève rafraîchissante, employée par les Indigènes comme boisson. C’est sans doute le Galactodendron utile dont Humboldt vante la sève lactée; puis l’Embauba ou Umbauba, l’arbre du paresseux, car il est le refuge favori de l’, entièrement creux et tout rempli de cire, lorsqu’il est vieux, tant les abeilles y ont élu domicile; les fourmis lui font une guerre acharnée pour s’emparer du miel qu’il peut contenir, et les Indiens, qui connaissent cette particularité, l’ouvrent en deux et trouvent au centre un immense fuseau de cire, comme un gigantesque cierge d’église.

Bien d’autres essences complètent la population forestière: le pao d’arco, l’ébène vert (tecoma leucoxylon), d’environ 30 mètres de hauteur; le pao mulato; le comaru (vervonva comara) au bois blanc-perle à veines jaunâtres et aux pores linéaires d’une finesse extrême; le massar anduba (mimusops elata), d’une hauteur de 25 mètres, d’un diamètre d’environ 3 mètres, au bois rouge foncé, d’un grain très serré et employé comme pilotis des ponts par sa longue durée en contact avec l’eau; dans les clairières, les endroits découverts, abondent le smilox, la salsepareille, que maintenant exploitent de rudes aventuriers Cearenses; la vanille, ici géante, dont les gousses sont plus longues que dans toutes les autres variétés connues.

Depuis l’embouchure du Javary, en remontant jusqu’au sixième degré parallèle Sud, la région paraît occupée par les Indiens Catuquinas; en amont s’étend une zone assez large, 30 à 40 milles en latitude environ, qu’on peut appeler neutre, car elle est déserte, ou du moins paraît comme respectée de concert par les indigènes du cours moyen, les féroces Mangeronas et les tribus belliqueuses qui dominent ces sources, afin de ne pas se trouver en contact. C’est sans doute pour ce motif que cette zone est peuplée, avec une abondance extraordinaire, de bêtes de chasse; les cerfs y pullulent (veados) et avec eux les pécaris ou porcs caitetus, comme les appellent les Indiens, et de toutes les variétés, y compris les queixadas brancas (à mâchoire blanche), au poil d’un gris pâle, qui ont dans le dos une poche ou trou d’où s’exhale une odeur infecte, et qui d’ailleurs sont assez féroces pour attaquer l’homme alors que tous leurs congénères ont pour premier instinct de le fuir.—Les oiseaux sont extrêmement nombreux et leurs espèces des plus variées, surtout les mutuns, noirs et gris à tête rouge, sorte de faisan de plus grande taille que le nôtre, ainsi qu’une grande variété de canards sauvages.

Dans le haut du Javary, on ne voyait plus d’oiseaux, ou du moins il n’était plus possible de les approcher. Pareille observation avait été faite dans le bas en traversant la région occupée par les Catuquinas, preuve nouvelle que la zône dont il vient d’être parlé était réellement neutre entre les diverses tribus. On sait déjà qu’il a été impossible de donner aucun nom à celles de ces dernières qui avoisinent les sources du Javary; il est donc oiseux d’essayer à cet égard une supposition quelconque.

Il convient toutefois de terminer ces notes rapides par une constatation significative: nulle part chez les Indiens que l’expédition a rencontrés, elle n’a trouvé d’instrument en fer ou en pierre; tous ceux dont ils font usage sont en bois et en os.

Cette circonstance est l’indice le plus caractéristique peut-être de toute absence de contact antérieur entre ces Indiens et la civilisation blanche.

II

Ce nous parait être un complément opportun de l’exposé précédent, que d’emprunter à la Folha de Commercio de Lisbonne, du 1ᵉʳ janvier 1888, quelques données biographiques que ce journal transcrit du Dictionnaire biographique brésilien, sur l’auteur principal de cette belle, mais si pénible exploration. On va voir que ses antécédents justifiaient amplement la confiance mise en lui par son gouvernement, comme aussi ses actes ultérieurs ont démontré que le baron de Teffé est à la hauteur des besognes les plus difficiles.

«Antonio Luiz von Hoonholtz, baron de Teffé, est né à Rio de Janeiro le 9 mai 1837; il avait pour père Frédérico Guilherme von Hoonholtz et pour mère D. Joanna Christina von Hoonholtz. Dès ses plus tendres années, il donna des preuves saillantes d’une notable précocité; à l’âge où tous se font surtout remarquer par la légèreté particulière à la jeunesse, il témoignait d’une notable facilité de compréhension et d’un persévérant amour de l’étude.

«Selon les indications paternelles, et obéissant à une vocation reconnue, il fut immatriculé à l’Ecole de marine le 25 janvier 1852. C’est dans les écoles supérieures, quand on fait les premiers pas dans des voies jusqu’alors à peine entrevues, que les âmes d’élite peu à peu baignées par les ondes vivifiantes de la science, subissent leur véritable orientation et se placent au-dessus des âmes vulgaires, qui, si elles reçoivent les lumières, ne sont pas dans les conditions requises pour l’absorber.