Merlin la regarda et crut à moitié qu'elle était sincère: sa voix était si tendre, sa figure si belle, ses yeux brillaient si doucement à travers ses larmes, pareils à un rayon de soleil sur la plaine à travers une ondée; et cependant il répondit avec une certaine indignation:

«Bien différente était la chanson que j'entendis une fois près de cet énorme chêne, non loin du lieu où nous sommes assis. Nous nous étions donné rendez-vous, dix ou douze, pour chasser un animal qui se trouvait alors dans ces forêts sauvages, le cerf aux cornes d'or. C'était le temps où s'agitait pour la première fois la question de fonder une Table ronde, qui, pour l'amour de Dieu et des hommes, comme pour l'amour des nobles actions, devait être l'élite du monde entier, tous s'excitaient l'un l'autre à de nobles faits. Pendant que nous attendions là, l'un de nous, le plus jeune, ne pouvant garder le silence, fit éclater dans une chanson un tel enthousiasme pour la gloire, et sa chanson retentit de tels accents de trompette et d'un si terrible cliquetis de fer, que lorsqu'il s'arrêta nous brûlions de lancer ensemble nos traits. Et nous l'aurions fait si le bel animal, excité par le bruit, n'était parti à nos pieds, et, comme une ombre d'argent, n'avait fui dans la campagne brumeuse. Nous chevauchâmes toute la journée à travers la brume, luttant contre un vent violent, prêtant toujours l'oreille à l'écho de cette superbe chanson, et poursuivant les éclairs des cornes d'or; enfin elles s'évanouirent près de la fontaine des Fées, cette fontaine où le fer rit, comme faisaient nos guerriers. Les enfants y jettent leurs épingles et leurs clous en criant: «Ris, petite fontaine;» mais touchez-la d'une épée, elle murmure furieusement autour de la pointe. C'est là que nous perdîmes le cerf. Cette chanson était belle: mais, Viviane, quand vous m'avez chanté cette douce chanson, il m'a semblé que vous connaissiez ce maudit charme, que vous l'essayiez sur moi, que j'étais couché, et que je sentais mon nom et ma gloire se retirer lentement loin de moi.»


«Nous chevauchâmes toute la journée à travers la brume, luttant contre un vent violent.»


Et Viviane répondit en souriant tristement: «Oh! mon nom et ma gloire se sont écoulés loin de moi à jamais, depuis que je vous ai suivi dans cette sauvage forêt pour vous consoler, parce que je vous voyais triste. Hélas! quels cœurs ont les hommes! leur abnégation n'atteint jamais si haut que celle des femmes. Quant à ce qui est de la renommée, quoique vous méprisiez ma chanson, écoutez un couplet de plus; c'est la dame qui parle:

«Mon nom, autrefois à moi, maintenant à toi, est plus étroitement à moi; car la réputation, si je pouvais avoir une réputation, serait ton bien, et la honte, si tu pouvais avoir de la honte, serait pour moi: ainsi ne te fie nullement à moi, ou aies pleine confiance.»

«Ne parle-t-elle pas bien? Et il y en a plus encore... cette chanson est comme le beau collier de perles de la reine, qui se rompit pendant la danse, et les perles se répandirent à terre; quelques-unes furent perdues, d'autres soustraites, certaines conservées comme des reliques. Mais jamais deux perles semblables, deux perles sœurs, ne coulèrent le long du fil de soie pour se baiser sur le cou blanc de la reine. Il en est ainsi de cette chanson: elle vit dispersée en plusieurs mains, et chaque ménestrel la chante différemment; cependant, il s'y trouve un vers bien vrai, la perle des perles: «L'homme rêve à la «gloire, quand la femme veille pour aimer.» Oui, vraiment, l'amour, fût-il des plus grossiers, se taille une part dans le présent et dans la réalité, s'en nourrit et en profite, sans souci du reste; mais la gloire, la gloire qui suit la mort, n'est, rien pour nous; et qu'est-ce que la gloire pendant la vie, sinon une demi-diffamation, un éclat mêlé d'obscurité? Vous-même, vous savez bien que l'envie vous appelle le fils du démon; et comme vous semblez être le maître de tous les arts, on ferait volontiers de vous le maître de tous les vices.»