[SECTION IV.]

Des moyens employés par le clergé pour exciter les princes à la persécution.

C'est pour s'assurer les avantages résultant de la foi que le clergé appella les princes à son secours, et les obligea d'infliger les punitions les plus cruelles à tous ceux qui refusaient de croire; pour convaincre ces princes, il se servit de deux argument très puissans; l'un fut de leur dire que, quelque inhumains que fussent les moyens qu'ils emploiraient pour convertir les hérétiques, ils rendraient à Dieu un service très agréable, et qu'ils expieraient par là une multitude de péchés; argument, qui, sans doute, dut faire une impression très forte sur des superstitieux méchans et zélés. L'autre fut de leur dire que ceux qui n'étaient point soumis à l'église catholique ne pouvaient être des sujets fidèles d'un gouvernement catholique. Cette calomnie, malgré sa fausseté, produisit son effet, et dans tous les états catholiques romains elle fit de tous les princes des persécuteurs impitoyables de l'hérésie.

Quand des argument si convaincans n'eûrent pas la force de persuader quelques princes qui osèrent préférer les devoirs de l'humanité, les règles de la saine politique et de la vraie religion aux ordres sanguinaires du pape ou aux conseils abominables des prêtres, l'église eut quelquefois recours aux excommunications, et souvent elle déposa ou fit assassiner les souverains qui manquèrent de complaisance on de zèle pour elle.

Par ces infâmes moyens et par d'autres semblables, la plupart de ces princes qui auraient dû se déclarer les protecteurs de la liberté, des biens et de la vie de leurs sujets, se crurent obligés de les opprimer et même de les détruire, et devinrent, comme on a vu, les instrumens de l'ambition, de l'avarice, de la cruauté des prêtres.

Cependant, quoique les gens d'église fussent parvenus à mettre la puissance civile dans leurs intérêts et à lui faire tirer l'épée pour eux, voyant que la persécution qu'ils avaient l'impiété de nommer l'œuvre de Dieu, ne se pratiquait pas assez vivement à leur gré, et que les laïques n'y donnaient pas toute l'attention qu'ils désiraient, ces ecclésiastiques tâchèrent de se faire donner un pouvoir indépendant et illimité: ce pouvoir les mit en état d'exécuter tous leurs projets, et l'on fut assez aveugle pour les leur accorder dans un grand nombre de pays.

L'usage que firent les ecclésiastiques de ce présent fatal, de cette boîte de Pandore, fut de répandre une infinité de maux sur la terre. Non-seulement ils tyrannisèrent les gens du peuple, et traitèrent avec la dernière fureur tous ceux que leur conscience empêchait de souscrire à leurs dogmes, à leurs cérémonies, à leurs superstitions; mais encore ils firent sentir leur pouvoir à ces princes qui avaient eu la faiblesse et la mauvaise politique de le leur accorder. Par là les rois, les empereurs, les princes furent obligés de plier sous le joug du sacerdoce et de se soumettre eux-mêmes à la tyrannie du clergé.

Nous avons fait connaître d'abord qui sont ceux à qui sont dues les persécutions parmi les chrétiens; nous avons montré en second lieu quels ont été les motifs prétendus et réels de leurs cruautés inouies; nous avons ensuite fait connaître ce qui a rendu le clergé si nombreux, et ce qui lui a fait prendre un ascendant si marqué dans le monde chrétien; enfin nous avons exposé les moyens qui les ont mis à portée de tyranniser et de persécuter avec la dernière barbarie; nous allons chercher les remèdes à ces maux.

[SECTION V.]

Des remèdes que l'on peut opposer à la persécution.