Les particuliers qui possèdent en propriété des domestiques loueroient des affranchis: ils en seroient mieux servis; la plus grande cherté en apparence de ce service, seroit qu'on auroit moins de serviteurs inutiles, & ce seroit autant de bras rendus aux cultures. Mais, dira-t-on, où trouver des domestiques libres? Il n'y a pas assez d'affranchis à pouvoir prendre à gages.—Quand cette objection seroit fondée, ce seroit un bien petit inconvénient du moment, auquel on trouveroit bientôt le remede: & on entrevoit que cette disposition procureroit des moyens honnêtes de substituer à la race des affranchis, des Mulâtres & Métis libres des deux sexes, qui dans l'état actuel, vivent pour la plupart d'une manière précaire & incertaine, dans la nonchalance, l'oisiveté & le désordre.
Les Marchands qui, pour le transport de leurs ballots, bariques, & effets, etc., louent des Nègres journaliers, ou en possèdent quelquefois en propriété, ne perdroient rien à cette disposition: ils loueroient des affranchis; & l'on ne peut douter que, puisque les Nègres esclaves se louent pour rapporter l'argent qu'ils gagnent à leurs Maîtres, on ne les louât encore bien plus facilement pour ces travaux & mouvemens, dans l'état de liberté, & lorsque le profit leur appartiendroit en entier. On n'auroit plus d'esclaves pour ces sortes de travaux; ceux qui en ont actuellement les revendroient aux Colons cultivateurs; on réduiroit le nombre des journaliers libres au strict nécessaire; & on ouvriroit par-là une ressource honnête à la race des affranchis Mulâtres & Métis.
Ce Maçon, ce Charpentier, qui (parvenus par le travail de leurs mains & leur industrie à posséder un, deux, ou plusieurs esclaves dont ils forment leurs Atteliers) s'enrichissent & deviennent ensuite d'indolens sybarites, & les égaux de ceux qui n'agueres les tenoient à leurs gages, se retireroient s'ils se trouvoient assez riches, ou loueroient à titre de journaliers des ouvriers pour les assister.
On ne verroit plus, comme par le passé, des ouvriers blancs devenir aussi puissamment riches dans un petit nombre d'années; mais avec des gains moins rapides ils conserveroient mieux leur activité & leur industrie. Il se formeroit des ouvriers excellens parmi les Nègres & gens de couleur; il s'établiroit dans les Villes plusieurs familles aisées d'Artisans & gens de tous métiers; & la population ne pourroit qu'y gagner.
La faculté laissée, à ceux qui ne seroient pas assez riches, de donner la liberté à leurs esclaves domestiques & ouvriers, ou de les revendre aux Habitans cultivateurs, ou de les appliquer eux-mêmes à la culture, empêcheroit que personne ne pût rien perdre à cette disposition.
TROISIÈME MOYEN.
Affranchissement des Mulâtres.
Si (comme on l'a dit, au moyen précédent) il ne faut des esclaves que dans les habitations, il est bien reconnu que les Mulâtres & Métis ne sont jamais, ou presque jamais, des esclaves attachés à la culture: il faudra non-seulement par cette raison, mais encore dans des vues d'une saine politique & d'une juste administration, affranchir toute la race (du moins celle à naître) des Mulâtres & Métis.
Une des causes qui s'opposent essentiellement à l'accroissement de la population des Noirs dans nos Colonies, c'est le libertinage effréné d'où naît cette race bâtarde & vicieuse, déclarée esclave par cet axiome: partus sequitur ventrem.