Les vignettes, commencées depuis plusieurs années et pendant que j'étais à Bordeaux, peuvent donner une idée du talent de M. Thompson, et du degré de perfection que ce genre de gravure peut obtenir entre ses mains.

Je n'ai rien épargné pour les caractères qui ont été employés dans cet ouvrage. M. Lombardat, auquel la gravure en a été confiée, les a refaits plusieurs fois, d'après les dessins que je lui ai remis, et les observations que je lui faisais sur chaque lettre. Il a porté dans ce travail un zèle et une constance dont je ne puis assez faire l'éloge. Le caractère italique de cet Avertissement a reçu des formes nouvelles. Les amateurs de la typographie jugeront si elles sont préférables aux anciennes. Toutes les lettres des titres ont été gravées par moi.

On remarquera que l'Invocation aux Muses est composée avec un caractère différent, mais de même dimension. Ce caractère se distingue par quelques lettres d'un dessin nouveau introduites depuis quelques années dans l'imprimerie. Ce volume est donc en quelque sorte un Specimen de quelques types de ma fonderie et de mon imprimerie, en même temps qu'il est un monument élevé à la mémoire de l'immortel auteur de l'Esprit des Lois, par un de ses compatriotes.

Le papier est sorti des fabriques de MM. Mongolfier, d'Annonai, qui depuis long-temps sont en possession de fournir les papiers les plus beaux et les plus convenables à la typographie.

Cette édition est précédée de Préliminaires sur le Temple de Gnide, qui ne se trouvent dans aucune de celles qui ont été imprimées jusqu'à ce jour. Ils ont été rédigés par M. Charles Nodier, si avantageusement connu dans les lettres, et dont le talent aimable semble avoir été créé pour traiter ce sujet.

PRÉLIMINAIRES
SUR
LE TEMPLE
DE GNIDE.

On n'essaiera pas d'apprécier ici le prodigieux talent de Montesquieu. Les anciens avaient représenté un satyre qui mesurait avec un thyrse Polyphème endormi, et il faut en effet quelque chose du cynisme d'un satyre pour entreprendre de mesurer les géants.

Qui pourrait calculer la hauteur de cet immense génie qui s'est élevé dans l'Esprit des Lois au niveau d'Aristote et de Cicéron, qui a laissé loin de lui Tacite et Machiavel dans le sublime tableau de la Grandeur et de la Décadence des Romains, qui a été aussi fin et plus profond que Lucien dans les Lettres Persanes, aussi vrai que Plutarque, et aussi éloquent que Rousseau dans le Dialogue d'Eucrate et de Sylla, et qui serait encore, avec le Temple de Gnide tout seul, un des esprits les plus brillans du siècle de l'esprit?

À considérer le style du Temple de Gnide comme une simple étude, cet ouvrage sera toujours une des choses les plus achevées qui soient sorties de la main des hommes. Quelle délicatesse dans les idées! quelle élégance dans le tour! quel heureux choix dans les expressions! quelle heureuse variété dans les images! quel nombre, quelle cadence, quelle pompe, quelle harmonie! Qu'on s'imagine, et l'on n'imaginera rien de trop, les plus belles pages de l'Anthologie traduites avec le goût de Fénélon et l'esprit de Voltaire!

Il était bien difficile d'être si doux sans fadeur, d'être si poli sans froideur, si soigné sans afféterie, si brillant sans affectation. La muse de Montesquieu a l'ingénieuse coquetterie de la bergère de Boileau. Sa parure éclipse les rubis et les diamans, et cependant ce ne sont que des fleurs.