Dans les cérémonies de la semaine sainte on porte le pape d'un endroit du Vatican à l'autre, sur une espèce de palanquin, sous un dais, et ombragé des deux côtés par des éventails faits de plumes de paon. Cet appareil a un air tout à fait chinois. Il fut copié avec une exactitude frappante dans un opéra bouffon nommé: L'Idole chinoise, qu'on donna à Naples précisément dans le temps où le marquis Tanucci était le plus enclin à maltraiter la cour de Rome. Le nonce, informé de cette farce indécente, s'en plaignit amèrement à ce ministre. Celui-ci, qui mourait d'envie de repaître ses yeux de ce spectacle, dont la simple description l'avait extrêmement diverti, répondit au nonce: Ah, Monseigneur, que me dites-vous là! Cela n'est pas possible: mais pour vous prouver mon intérêt, je me rendrai moi-même au théâtre, moi, qui n'y vais jamais, pour me convaincre de la vérité incroyable d'un tel scandale. Ce ministre se procura donc par là la jouissance qu'il désirait, et le lendemain il dit au nonce: J'y ai été, vous pouvez être tranquille, il n'y a pas un mot de vrai à ce qu'on vous a dit, je vous assure que c'est une grande méchanceté.
Le marquis de Bombelles m'a fait la description de deux robes à panier, qu'il a vues, à la cour de Lisbonne, porter à la reine, où il était ambassadeur de France. Sur l'une, on avait représenté en broderie une espèce de péristyle, dont les deux colonnes suivaient la direction des jambes, surmontées d'un fronton, duquel tombait une cascade de gaze d'argent.
L'autre représentait Adam et Ève, au milieu d'eux l'arbre de la science du bien et du mal, et le serpent qui y grimpait en remontant vers le sommet.
Parmi la foule de solliciteurs qui attendaient la mort ou la guérison du maréchal de Belle-Isle, alité depuis très-longtemps, il y avait un pauvre Gascon réduit à la dernière misère, en mangeant d'avance une pension qu'il n'avait pas encore. Un jour que, dans un café, on faisait l'éloge du maréchal, le Gascon s'écria: Oh, cadédis, c'est un Dieu! tout-puissant, invisible, éternel!!
La faveur du duc de Choiseul avait attiré tant de cousins, qui portaient son nom, que, pour les distinguer, on leur avait donné des sobriquets: Il y en avait un qu'on appelait Choiseul bon-Dieu. On importunait à outrance le maréchal de Belle-Isle pour faire avoir un régiment à ce cousin de son ennemi. Ce ministre étant à la mort, on lui apporta le viatique, et on lui annonça le bon Dieu, comme c'est l'usage à Paris, où le valet de chambre, qui est à la porte, nomme toujours les arrivants à haute voix. Le maréchal agonisant crut que c'était ce Choiseul qui venait le relancer, et cria de toutes ses forces: Qu'il s'en aille, qu'il me laisse en repos! dites que je lui donne un régiment.
Le marquis Manfredini, ministre du grand-duc de Toscane, a eu beaucoup à traiter avec Bonaparte, lorsqu'il commandait en Italie.