»LOUISE.»
«P. S.—Mon fils se porte à merveille et devient tous les jours plus aimable, à ce qu'on me mande. Il me tarde bien de revoir ce pauvre enfant.»
Une circonstance, dont Marie-Louise ne dit rien dans sa correspondance, motivait sans doute le ton particulièrement triste et désolé de la dernière lettre que nous venons de transcrire. Le colonel Hurault de Sorbée, devenu plus tard général, et mari d'une des dames d'annonce de l'Impératrice[ [41] venait d'arriver de l'île d'Elbe à Aix, chargé de lettres de l'Empereur pour Marie-Louise, et de la mission de ramener avec lui l'Impératrice auprès de Napoléon. Cet officier fut obligé de repartir sans avoir pu parvenir à remplir cette mission. Marie-Louise faible et toujours hésitante, privée à ce moment de toute personne capable de lui donner un conseil fort—suivant une expression de M. de Talleyrand,—enfin surveillée et intimidée par Neipperg, laissa échapper cette dernière chance d'accomplir le plus impérieux de ses devoirs, celui de retourner près de son époux et de lui tenir compagnie dans l'exil. Sa conscience, tourmentée par le remords, l'avertissait intérieurement de ce qu'une semblable conduite avait de lâche et de coupable. Les nobles conseils de la reine de Naples, sa grand'mère, auraient bien dû, à un pareil moment, se retracer dans le souvenir de la femme de Napoléon!
Reprenons la reproduction de la correspondance de Marie-Louise au point où nous l'avons laissée:
«Aix, le 15 août 1814.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
»Je n'ai pas encore de réponse de mon père à la lettre dont je vous parlais dans ma dernière. Ce temps d'incertitude me paraît bien cruel et bien long. Je l'attends avec bien de l'impatience, et je vous en instruirai sur-le-champ. De noirs pressentiments me disent que cela ne sera rien de bon; mais je suis aujourd'hui dans une de mes journées tristes; peut-être que je me trompe! Comment puis-je être gaie le 15, quand je suis obligée de passer cette fête, si solennelle pour moi, loin des deux personnes qui me sont le plus chères! Je vous demande bien pardon de vous parler ainsi de mes réflexions tristes, mais l'amitié et l'intérêt que vous m'avez toujours témoignés m'enhardissent, à condition que vous me direz quand je vous ennuierai...
»Je vous prie de croire, etc.
»LOUISE.»
«P. S.—Je viens de recevoir une lettre de Parme qui m'annonce que M. Marescalchi a un successeur dans M. Magawly, qui vient de renverser tout le Gouvernement provisoire. M. de Marescalchi n'est plus que ministre d'Autriche près de ma cour; mon père a aussi nommé M. de San-Vitale mon grand chambellan, et tout cela sans me consulter. Cela me peine et me fâche. M. Magawly a dit, à Parme, que mon père avait fait venir M. de San-Vitale à Vienne, pour y remplir ses fonctions près de moi et que je serais priée de venir, à Vienne, pendant tout le temps du Congrès. Quelle triste perspective! J'ai envie de lui demander de me permettre de passer l'hiver à Florence, en lui promettant de n'écrire à l'Empereur que par la voie du Grand-Duc; mais il paraît presque sûr qu'on me le refusera. Ce que je suis décidée, c'est de ne pas aller à Vienne pendant le temps de la présence des souverains. Conseillez-moi, je vous en prie; je vous assure que je suis bien à plaindre.»