»LOUISE.»
Quelle influence exercèrent, cette fois, sur l'Impératrice, la présence et les conversations de son ancienne dame d'honneur, pendant les quelques jours de sa visite à Aix? Réduit sur ce point à de simples conjectures il serait téméraire de les exposer ou plutôt de les supposer... Ce qui paraît toutefois vraisemblable, c'est que la maréchale ne dut pas donner à sa souveraine le conseil d'aller s'enfermer à l'île d'Elbe!
Nous nous verrons dans l'obligation d'écourter autant que possible les lettres de Marie-Louise qu'il nous reste à faire connaître au lecteur, car leur publication, presque intégrale, a déjà été faite dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Napoléon Ier[ [39].
»Je vous remercie bien de toutes les démarches que vous avez bien voulu faire pour mes caisses. Ce que vous m'écrivez à l'égard des remarques que M. de Bombelles[ [40] vous a faites à ce sujet ne me semble rien de bon. Je suis encore, à l'égard de mon sort futur, dans une cruelle incertitude. J'ai envoyé par M. de Karaczaï une lettre à mon père, par laquelle je lui demandais la permission d'aller m'établir à Parme le 10 septembre au plus tard. Me sera-t-elle accordée? Je crains que non...
»Si la réponse est négative je ne me déciderai jamais à retourner à Vienne avant le départ des Souverains, et je tâcherai de ravoir mon fils pour ce moment; je m'établirai à Genève ou à Parme en attendant le Congrès, car il est impossible que je reste plus longtemps que la saison des bains ici. Je ne puis vous dire comme j'attends impatiemment une réponse; je vous prierai de m'aider de vos conseils dans ma détermination. Ne craignez pas de me dire la vérité, si ma détermination vous paraît inconséquente; je réclame ces conseils de vous comme d'un ami, et j'espère que vous me direz franchement votre avis.
Je reçois en ce moment une lettre de l'Empereur, de l'île d'Elbe du 4 juillet. Il me prie de ne pas aller à Aix, et de me rendre en Toscane pour prendre les eaux; j'en écrirai à mon père. Vous savez comme je désire faire la volonté de l'Empereur; mais, dans ce cas, dois-je la faire si elle ne s'accorde pas avec les intentions de mon père? Je vous envoie une lettre de Porto-Ferraio. J'ai eu bien des tentations de l'ouvrir: elle m'aurait donné quelques détails; s'il y en a je vous prierai de me les faire savoir. Je vous remercie bien de ceux que vous m'avez donnés; j'en avais besoin, il y avait longtemps que j'en étais privée. En général je suis dans une position bien critique et bien malheureuse. Il me faut bien de la prudence dans ma conduite. Il y a des moments où cela me tourne tellement la tête que je crois que le meilleur parti que j'aurais à prendre serait de mourir.
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»... Ma santé est assez bonne. Je suis à mon dixième bain: ils me feraient du bien si j'avais l'esprit assez tranquille; mais je ne puis être contente avant d'être sortie de ce funeste état d'incertitude. Je me réjouis de l'idée que vous viendrez bientôt me raisonner et calmer ma pauvre tête, j'en ai bien besoin. M. de Bausset est parti depuis quelques jours et, avec lui, tous les papiers que je voulais voir, de sorte que je n'ai pas pu examiner tous les comptes du mois, comme je me l'étais proposé. J'attends avec impatience les courriers qu'il m'a envoyés de Parme.
»Nous avons toujours une chaleur épouvantable ici; cela ne s'accorde guère avec les longues promenades que j'entreprends; la nuit nous y surprend bien souvent et je meurs de peur en retournant chez moi à cheval.»
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»Votre très affectionnée,