»J'ai reçu vos lettres par M. Amelin, ce matin, et, hier soir, celle où vous voulez bien m'adresser des vœux pour ma fête. Je suis persuadée que ce sont de ceux que l'on a faits le plus sincèrement pour moi. Je suis bien touchée de ce que vous voulez bien me suivre même à Vienne; croyez que je vous en ai voué une reconnaissance à toute épreuve, car vous savez que mon amitié vous était acquise depuis longtemps. Je ne vous réponds pas au long par cette voie, car la poste n'est pas fort sûre. J'espère au moins qu'on aura la galanterie d'envoyer mes lettres à leur destination après les avoir lues. Ma santé est beaucoup meilleure; je prends toujours des bains qui me réussissent assez bien et j'espère que vous me trouverez engraissée. Je pars décidément le 4 et j'arriverai le soir à Genève. Je compte y rester le 5, le 6, le 7, le 8 et peut-être le 9, et je prendrai après la route de Fribourg pour aller à Berne, mais j'espère vous voir avant mon arrivée dans cette ville. Je crois que je ferai, à cause de l'acquisition de la Garenne, comme vous me conseillez.
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»Je m'empresserai de lire aujourd'hui votre voyage de Chamouny; je suis sûre qu'il sera charmant. J'ai un peu travaillé au mien hier, mais pas encore pour l'avancer beaucoup; je crains qu'il ne soit pas encore achevé à votre retour; d'ailleurs le vôtre me donnera du découragement. Mes compliments à Mme de M... Je ne lui écris pas aujourd'hui parce que je n'en ai pas le temps. Je vous prierai donc de la remercier, en mon nom, des vœux qu'elle a bien voulu faire pour ma fête. Je vous prie de croire à tous les sentiments d'estime et d'amitié avec lesquels je suis,
»Votre très affectionnée,
»LOUISE.»
Environ huit jours après, le baron de la Tour du Pin écrivait de son côté au Ministère des Affaires étrangères à Paris la dépêche suivante:
«Vienne, le 7 septembre 1814.
»Je ne sais si vous êtes informé que M. le comte Neipperg, général major, a été donné par l'empereur d'Autriche comme surveillant à l'archiduchesse Marie-Louise, qu'il devait avertir de ne rien faire de ce qui pourrait ou nuire ou même déplaire au Roi, mais que, surtout, il devait soigneusement observer l'archiduchesse pour le cas où elle voudrait aller trouver son mari, et alors—après des représentations—passer à la défense absolue, si elle persistait...»
Voilà une mission de geôlier bien nettement caractérisée; mais celui qui l'avait acceptée allait employer des moyens plus doux, et il ne lui faudra pas beaucoup de temps pour apprivoiser la princesse dont le gouvernement de l'Autriche venait de le constituer le surveillant et le vigilant gardien.