La série des lettres écrites par Marie-Louise à mon grand-père, pendant les deux mois de congé qu'il était aller passer dans le sein de sa famille à Paris, tire à sa fin. Nous n'aurons plus que deux lettres inédites de l'Impératrice à placer sous les yeux de ceux qui ont trouvé quelque intérêt à les parcourir. La première est datée du 26 août et la dernière du 30 août 1814. Le 6 septembre mon grand-père se mettait en route pour aller retrouver Marie-Louise en Suisse. Voici les deux dernières lettres de cette correspondance assidue:
«Aix, le 26 août 1814.
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»Voilà le moment qui s'approche où j'espère que j'aurai le plaisir de vous revoir; je l'attends avec impatience—vous savez comme j'ai besoin de vos conseils. Un pressentiment me dit que ce sera à Genève que je vous reverrai. J'attends avec impatience le journal de voyage dont vous me parlez—je ne veux cependant pas le lire avant d'avoir achevé le mien. Je suis sûre qu'il est si bien fait que je serais tout à fait dégoûtée dans mon entreprise si je voulais en prendre connaissance tout de suite. Je suis sûre (aussi) que vous crierez contre ma paresse, en apprenant que je suis toujours encore au pied du glacier des Bossons. Je crains qu'un de ses nombreux glaçons ne m'ait gelé l'imagination, car, quand je veux me mettre à l'ouvrage, je me sens un découragement complet. Cependant je le terminerai avant que de partir d'ici, parce que je me propose de faire aussi celui de ma tournée en Suisse. Ma santée (sic) a été un peu altérée depuis quelques jours. J'ai eu cinq accès de fièvre qui m'ont forcée de suspendre les bains. Je les reprendrai demain jusqu'au 3 et je partirai le 4. Je ne fais plus de si longues promenades—j'ai fait le serment à la duchesse de ne plus rester aussi tard et je tiens scrupuleusement à ma parole. Je vous prierai de dire à M. Ballouhey que j'ai reçu sa lettre du 16 août. Je vous prierai de dire aussi à la duchesse qu'elle ne s'inquiète pas si elle ne reçoit pas de lettre par ce courrier—le temps me manque pour lui écrire.
»Je vous prie de croire à toute mon amitié.
»Votre très affectionnée,
»LOUISE.»
»P.-S.—Je vous prierai de dire aussi à la duchesse que je me suis décidée de prendre Aly comme valet de chambre coeffeur (sic) et que je crois qu'elle ferait bien de lui faire prendre des leçons et de me l'envoyer vers le 20 octobre à Vienne; dites-lui que je lui demande bien pardon de ne pas lui écrire aujourd'hui—ou ne lui parlez plutôt pas de cette commission, elle pourrait se fâcher de ce que je ne lui écris pas directement.»
On reste stupéfait de constater chez une femme placée dans la position de l'Impératrice, au milieu de tant d'épreuves et d'événements inquiétants, une futilité aussi complète, une application aussi soutenue à fermer les yeux, comme l'autruche, devant l'angoissant problème de sa future destinée!
Dernière lettre de l'Impératrice en l'année 1814:
«Aix, le 30 août 1814.