Dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de Napoléon Ier—dans le troisième volume surtout—mon grand-père a consacré plusieurs chapitres à l'impératrice Marie-Louise, à son caractère, à son genre de vie et même à ses occupations ou à ses habitudes. Le lecteur devra s'y reporter s'il veut connaître, avec des détails plus circonstanciés, les faits et gestes de l'Impératrice depuis son mariage en 1810 jusqu'à la première abdication de Napoléon en 1814 et même jusqu'en 1815. Pour relier avec les années précédentes la période spéciale qui nous occupe, il nous faudra donc emprunter à l'ouvrage précité, et à beaucoup d'autres encore—aussi succinctement toutefois que possible—des appréciations, des anecdotes ou certaines particularités susceptibles de servir à l'intelligence des fluctuations d'âme de cette princesse, et de nous amener enfin à constater, dans cette nature faible et futile, l'abandon regrettable et complet de ses devoirs les plus sacrés.

En revenant à Vienne, en retrouvant le berceau de son enfance et de ses jeunes années, l'impératrice Marie-Louise était encore animée d'intentions droites. Son attachement pour son époux, trahi par la fortune, se trouvait sans doute affaibli; il était loin cependant de paraître éteint. Cédant par faiblesse et un peu par égoïsme à de perfides suggestions, son âme, visitée déjà par de légers remords, avait conservé néanmoins des sentiments de fidélité et de loyauté vis-à-vis de Napoléon.

Marie-Louise se souvenait des constants égards qu'il lui avait témoignés, de ses manières affectueuses et tendres pour elle. Elle n'avait vraisemblablement jamais aimé avec passion le mari que les nécessités de la politique avaient obligé l'Autriche à lui donner, et cependant, pour faire mieux connaître la nature des sentiments de la souveraine détrônée à l'égard de son époux, dès les prémices de l'union qui avait été imposée à l'Archiduchesse, il nous a paru tout à fait opportun de placer sous les yeux du lecteur des extraits de plusieurs lettres adressées par Marie-Louise à son amie la plus intime, Mlle de Poutet, devenue comtesse de Crenneville.

Nous allons citer textuellement ces extraits puisés dans une correspondance publiée à Vienne par Gerold.

Avant le mariage.

A Mlle Victoire de Poutet:

«23 janvier 1810.

»Je sais que l'on me marie déjà à Vienne avec le grand Napoléon; j'espère que cela restera au discours et vous suis bien obligée, chère Victoire, pour votre beau souhait à ce sujet. Je forme des vœux afin qu'il ne s'exécute pas, et, si cela devait se faire, je crois que je serais la seule qui ne s'en réjouirait pas.»

»M.-L.»

Après le mariage.