Je profite du départ du général Nugent pour vous faire arriver cette lettre plus promptement et voilà encore un autre malheur. Les postes retardent, de manière que pour recevoir ici une réponse de Vienne, il y faut au moins un mois.

Je vous ai rendu compte que nous manquons tout à fait de linge et d'argenterie; mais il y a un autre objet sur lequel il me faut connaître les volontés de Sa Majesté. Hors deux anciennes voitures de gala, nous n'avons de quoi servir ici l'impératrice, ni voitures, ni harnais; et si l'on doit lui faire trouver des voitures de service, ce sera un autre embarras, et il faut me l'écrire tout de suite. Ni à Parme, ni à Milan même, on ne fait plus usage que de petites diligences, ou de certaines voitures de campagne sans siège. Donc ce sera difficile d'en acheter et de s'en procurer; il faudra peut-être même les ordonner.

Adieu, je vais travailler, et j'ai l'antichambre remplie de créanciers, d'ecclésiastiques auxquels on n'a pas payé leurs pensions depuis une année, de magistrats qui ne sont pas payés depuis trois mois, de fournisseurs qui sont épuisés... Enfin c'est un abîme, et ne croyez pas que je vous en impose. Si j'arrive à dresser cette machine vous me ferez une statue.

Je suis toujours et de tout mon cœur avec toute l'estime et la reconnaissance,

Votre ami et serviteur:
N. MARESCALCHI.

Lettre de M. de Bausset au baron de Méneval.

Parme, ce 12 août 1814.

Malgré tous mes beaux projets, mon cher Méneval, je suis à Parme depuis quelques jours. L'espoir d'y être utile m'a fait braver la crainte d'y être encore plus mal reçu que le sieur Cappei[ [107]. Vous aurez appris qu'il s'est opéré de grands changements dans le gouvernement. Le tout s'est fait sans qu'il en ait été donné préalablement communication à notre féal Marescalchi. La visite de son successeur lui a appris le changement de son attitude, et je l'ai encore trouvé tout chaud de son désappointement. Personne n'avait de meilleures intentions; mais il ne pouvait se décider à porter les grands coups. Tout le provisoire est à bas, mais aussi les mécontents en sont augmentés... Marescalchi m'a fait connaître une partie des nouvelles instructions qui lui ont été adressées en sa qualité nouvelle de ministre d'Autriche près le gouvernement de Parme. On y déploie une sévérité extrême sur tout ce qui peut avoir rapport à la France, et il lui est enjoint de ne souffrir la présence d'aucun Français dans les États de Parme, si ce n'est pourtant ceux qui accompagneront l'impératrice, et on lui renouvelle de plus fort d'apporter une grande surveillance sur tout ce qui peut regarder l'île d'Elbe... Ordre aussi de faire partir les cinquante-cinq Polonais pour leur pays s'ils ne veulent pas s'enrôler dans les armées autrichiennes. Comme il leur est dû trois mois de solde, leur réclamation exige une nouvelle réponse de Vienne. Peut-être Sa Majesté l'impératrice parviendra-t-elle à obtenir de son père de les garder à son service, chose qu'ils désirent vivement.

L'article du règlement constitutionnel, qui dit qu'il n'y aura point d'étrangers employés dans le gouvernement, ne regarde pas les Français attachés à l'impératrice, et chose assez remarquable, le ministre nouveau est un compatriote de ma femme et né en Irlande, première infraction; de plus le sieur abbé Commensard, nouveau conseiller d'État est également né irlandais. Comme vous voyez il y a des accommodements avec le ciel. Il ne faut pas se dissimuler les avantages réels d'un changement subit dans le gouvernement de Parme. Il en résulte nécessairement une grande économie dans les ressorts politiques, et déversement de faveur qui tourne au profit de Sa Majesté qui est devenue pour les uns un refuge, et un espoir pour tout ce qui, étant supprimé, se flatte d'être employé de nouveau.

J'ai été très bien accueilli dans ce pays. On me sait gré de ne fermer ma porte à personne, pas même aux très nombreux marmitons des anciens ducs. Je m'occupe à préparer tout ce qui est nécessaire à l'établissement de la maison. Le désordre est grand, les ressources nulles, puisque la régence, non contente des dettes énormes qui vous sont connues, a eu l'extrême attention d'hypothéquer le domaine particulier de la couronne jusqu'à la fin de novembre.