Sa Majesté se flatte de venir ici bientôt; mon cher Méneval, j'ai peine à croire que son père y consente. A en juger par les nuages politiques qui environnent l'ouverture du Congrès de Vienne, il est probable que l'Italie pourrait bien n'être pas tranquille. Le roi de Naples s'agite beaucoup. Il a une armée superbe, un trésor au grand complet, et ses forces se sont singulièrement accrues par les désertions de presque toute la vieille armée d'Italie qui a pris du service auprès de lui. On murmure tout bas, et je vous le dis de même tout bas, qu'il a des prétentions sur les états de Bologne, et qu'il est occupé en ce moment à passer les revues de ses troupes sur les frontières des trois légations.
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... Ce pays est triste, les femmes y sont peu jolies. L'atmosphère est brûlante, l'Opéra médiocre, le palais très vieux; mais je m'occupe d'établir le logement de Sa Majesté au palais du Jardin. Avec quelques milliers de francs, elle aura un beau palais, tout à fait indépendant.
Avez-vous entendu dire dans votre ville que l'on devait proposer au Congrès un échange des duchés de Parme avec les trois légations Bologne, Ferrare et Ravenne? L'empereur d'Autriche en a parlé sur ce ton à Marescalchi, supposé toutefois que les prétentions de Sa Majesté napolitaine soient réduites à leur juste valeur. De tout cela il faut conclure que le sort de Sa Majesté est incertain; que son voyage, malgré ses désirs, est encore éloigné, et que vraisemblablement nous sommes encore destinés à aller goûter les douceurs ineffables du séjour de Schœnbrunn. La volonté de Dieu soit faite! Je suis dévoué pour jamais au service de Sa Majesté et je lui resterai fidèle partout et en tout. L'empereur d'Autriche a nommé le comte de San Vitale grand chambellan de Sa Majesté. C'est une nouvelle qu'Elle n'a sue que par moi.
J'oubliais de vous dire que le palais de Colorno est beau, bien conservé et à peu près meublé. Il n'en est pas de même des autres vieux palais; à peine y a-t-il des murailles!
Veuillez agréer, etc.,
Signé: BAUSSET.
Lettre de Marie-Louise à la comtesse de Montesquiou.
Mme la comtesse de Montesquiou, voulant prévoir le cas, qui j'espère, avec l'aide de Dieu, n'arrivera pas, où mon fils viendrait à être atteint d'une maladie qui exigerait les secours du médecin, je désire que vous fassiez appeler alors M. le docteur Franck dans lequel j'ai confiance. Si une consultation devenait nécessaire vous voudriez bien prier le premier médecin de l'Empereur, mon auguste père, de joindre ses conseils à ceux de M. Franck et de mon médecin.
Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, madame la comtesse de Montesquiou, en sa sainte garde. Écrit au château de Schöenbrunn, le 19 juin 1814.
Signé: MARIE-LOUISE.