Napoléon, ravi de rencontrer dans cette jeune princesse tous ces avantages réunis, en devint presque aussitôt réellement épris, et lui témoigna, dans les premiers temps de la lune de miel surtout, la plus vive tendresse. Marie-Louise possédait un ensemble de qualités domestiques dont l'Empereur savait apprécier le charme réel.

Continuons d'emprunter aux souvenirs de Mme Durand d'autres particularités intimes qui feront mieux comprendre au lecteur les causes qui motivèrent, dès le début de leur union, l'attachement véritable ressenti par Napoléon pour sa nouvelle femme.

Mme Durand ajoute en effet au séduisant portrait de Marie-Louise, que nous venons de reproduire plus haut, les appréciations suivantes:

«L'archiduchesse Marie-Louise avait reçu une éducation très soignée; ses goûts étaient simples, son esprit cultivé; elle s'exprimait en français avec facilité, avec autant d'aisance que dans sa langue naturelle. Calme, réfléchie, bonne et sensible, quoique peu démonstrative, elle avait tous les talents agréables, aimait à s'occuper et ne connaissait pas l'ennui. Nulle femme n'aurait pu mieux convenir à Napoléon[ [7]. Douce, paisible, étrangère à toute espèce d'intrigues, jamais elle ne se mêlait des affaires publiques et elle n'en était instruite, le plus souvent, que par la voie des journaux. Pour mettre le comble au bonheur de l'Empereur, la Providence voulut que cette jeune princesse, qui aurait pu ne voir en lui que le persécuteur de sa famille, l'homme qui, deux fois, l'avait obligée de fuir de Vienne, se trouvât flattée de captiver celui que la renommée proclamait le héros de l'Europe, et éprouvât bientôt pour lui le plus tendre attachement.»

D'après tout ce que nous venons de rapporter jusqu'ici l'on voit combien les sentiments de Marie-Louise, si peu bienveillants pour Napoléon avant son mariage avec ce prince, avaient changé depuis qu'il était devenu son mari!... Nous croyons devoir à ce propos reproduire, ci-après, une petite anecdote dont mon grand-père s'est fait l'écho dans ses souvenirs sur la deuxième femme de l'Empereur:

«L'archiduchesse Marie-Louise, dit-il, aux premières paroles qui lui furent portées de son union projetée avec Napoléon, se regarda presque comme une victime sacrifiée au Minotaure. Cette princesse m'a fait l'honneur de me raconter qu'elle avait grandi, sinon dans la haine, au moins dans des sentiments peu favorables à l'homme qui avait mis plusieurs fois la maison de Habsbourg à deux doigts de sa perte, qui avait obligé sa famille à fuir de sa capitale et à errer de ville en ville, au milieu de la confusion et de la consternation inséparables d'une retraite précipitée. Les jeux habituels de son frère et de ses sœurs consistaient à ranger en ligne une troupe de statuettes en bois ou en cire qui représentaient l'armée française, à la tête de laquelle ils avaient soin de mettre la figure la plus noire et la plus rébarbative. Ils la lardaient à coups d'épingle et l'accablaient d'outrages, se vengeant ainsi, sur ce chef inoffensif, des tourments que faisait éprouver, à leur famille, le chef redouté contre lequel les efforts des armées autrichiennes et les foudres du cabinet de Vienne demeuraient impuissants[ [8]

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CHAPITRE II

Lettre de l'empereur d'Autriche à Napoléon en date du 16 avril 1814.—Lettre de Metternich à Marie-Louise.—Appréciation du caractère et de la conduite de ce ministre par un contemporain du chancelier autrichien.