JASON.
Helas! qu’exigez-vous? pourquoy me demander
Le seul bien qu’à vos vœux je ne puis accorder.
Demandez moi plûtost & mon sang & ma vie,
Que la Parque sans eux m’auroit bien-tost ravie.
Mais ne m’enlevez pas ces fruits de nos amours.
MEDÉE.
Hé bien! joüissez-en; possedez les toûjours.
Oüi, l’amour maternel se faisant violence
Cede enfin à vœux, & s’impose silence.
Conservez cherement un si pretieux bien.
Témoins de vos grandeurs, qu’ils en soient le soutien;
Joüissez de leur veuë & goûter leurs caresses.
Sans jalousie entr’eux partagez vos tendresses.
Faites leur un destin illustre & glorieux.
Rendez les s’il se peut dignes de leurs ayeux.
Enfin qu’en les voyant la tendresse de Pere
Vous fasse quelque-fois souvenir de leur Mere.
Et que pour adoucir les maux que je prevoi,
Le bruit dans mon exil en vienne jusqu’à moi.
JASON.
Qu’avec joye à vos vœux j’accorde cette grace!
Est-il rien que pour eux ma tendresse ne fasse;
Les grandeurs, les plaisirs vont les environner;
Et je ne me fais Roi, que pour les couronner.
MEDÉE.
Seigneur, je pars contente aprés cette assurance.
Mais de Creon tantost j’ay bravé la clemence.
Je tremble avec raison que ses ressentimens
Ne punissent mes Fils de mes emportemens;
Et que pour m’accabler, sa trop juste colere
Ne se vange sur eux du crime de leur Mere.
A Créüse bien-tost je vais les envoyer.
Pour eux, au nom des Dieux, allez vous employer.
Adoucissez Creon, attendrissez Créüse.
L’amour a fait mon crime, il fera mon excuse:
C’est lui, c’est la douleur, qui m’a fait égarer;
Et par un prompt exil je vais tout reparer.
JASON.
Que vous connoissez mal Creon & sa clemence!
Un si prompt repentir désarmant sa vengeance,
Sensible à vos malheurs, ses soins & ses bienfaits
Adouciront vos maux, combleront mes souhaits.
Je vais remplir vos vœux & calmer sa colere.