Enfin, en 1682, comme s'il eût voulu avertir les huguenots que les violences ne tarderaient pas à être de nouveau autorisées contre eux, Louis XIV permettait qu'on signifiât à tous les consistoires l'avertissement pastoral du clergé invitant les protestants à se convertir au plus tôt et en cas de refus de le faire les menaçant ainsi: «Vous devez vous attendre à des malheurs incomparablement plus épouvantables et plus funestes que ceux que vous ont attirés jusqu'à présent votre révolte et votre schisme.»
En 1683 et en 1684, Louvois fut occupé à porter la désolation dans les provinces du Midi, où, à la suite de la fermeture arbitraire de la plupart des temples, les huguenots avaient commis le crime de reprendre l'exercice de leur culte sous la couverture du ciel; mais il n'avait pas renoncé au projet de convertir tous les huguenots de France au moyen des logements militaires. «On voit, dit Rulhières, par les lettres de Louvois conservées au dépôt de la guerre, qu'il prenait de secrets engagements pour renouveler à quelque temps de là, en Poitou et dans le pays d'Aunis, l'essai de convertir les huguenots par le logement arbitraire des troupes, lorsqu'un événement inattendu précipita toutes ses mesures.»
Cet événement inattendu, c'est l'emploi fait dans le Béarn, par l'intendant Foucault, pour la conversion des huguenots, d'une armée toute entière, amenée sur les frontières de l'Espagne en prévision d'une guerre, et devenue disponible, par suite d'un changement de politique.
Tout ce que peut imaginer la licence du soldat, dit Rulhières, fut exercé contre les calvinistes et, en quelques semaines, la province toute entière fut convertie.
En contant ce miracle opéré, disait-il, par la grâce divine; le Mercure ne craignait pas d'ajouter: «ce qui a achevé de convaincre les protestants du Béarn, ce sont les moyens paternels et vraiment remplis de charité, dont Sa Majesté se sert pour les rappeler à l'Église.»
Louvois en apprenant la rapide conversion du Béarn où, dit-il, les troupes viennent de faire merveilles, ne s'inquiéta plus de savoir si l'on pourra qualifier de persécution, les exhortations que les soldats font aux huguenots pour les convertir.
Il écrit à Boufflers de se servir des troupes qui viennent de catholiciser le Béarn, pour essayer, en logeant entièrement les troupes chez les huguenots, de procurer dans les deux généralités de Montauban et de Bordeaux un aussi grand nombre de conversions qu'il s'en est fait en Béarn. Craignant que, sans miracle, il ne puisse le faire, il lui recommande de s'attacher seulement à diminuer le nombre des huguenots, de manière à ce que, dans chaque communauté, il soit deux ou trois fois moindre que celui des catholiques.
Contrairement aux prévisions de Louvois, le miracle du Béarn se reproduit partout, c'est par corps et par communautés que se font les abjurations, et de grandes villes huguenotes se convertissent en quelques heures. Boufflers, après avoir catholicisé les généralités de Montauban et de Bordeaux, a le même succès en Saintonge. De Noailles qui avait d'abord demandé jusqu'à la fin de novembre pour convertir le Languedoc, où l'on comptait deux cent cinquante mille huguenots, écrit bientôt qu'à la fin d'octobre, cela sera expédié.
Dans une lettre qu'il écrit d'Alais, il se plaint que les choses aillent trop vite, «je ne sais plus, dit-il, que faire des troupes, parce que les lieux où je les destine, se convertissent tous généralement; et cela si vite que, tout ce que peuvent faire les troupes, c'est de coucher une nuit dans les lieux où je les envoie.» Comment le miracle ne se fût-il pas reproduit? Non seulement les soldats envoyés dans une localité étaient logés exclusivement chez les huguenots, mais à mesure que les conversions se multipliaient, ils refluaient tous chez les opiniâtres, qui se trouvaient parfois avoir jusqu'à cent garnisaires sur les bras. Si le chef de famille cédait, il fallait qu'il fît aussi céder ses enfants; si au contraire, il voulait s'opiniâtrer alors que sa femme et ses enfants avaient fait leur soumission, ceux-ci le suppliaient de céder son tour, car il fallait que le père et les enfants fussent convertis pour que la maison fût abandonnée par les missionnaires bottés.
C'est ce dont témoigne cette lettre de Louvois à M. de Vrevins: «Lorsque le chef de la famille s'est converti, il faut que les enfants soient de sa religion… à l'égard des familles dont, le chef demeure obstiné dans la religion, et dont la femme et les enfants sont convertis, il faut loger chez lui, tout comme si personne ne s'était converti dans sa maison.»