La bataille de Leipzig, commencée le 16 octobre 1813, dura trois jours; mais l'engagement du 17 fut infiniment moins vif que ceux du 16 et du 18.
Sans vouloir entrer dans les détails de cette mémorable affaire, je crois devoir néanmoins indiquer les principales positions occupées par l'armée française, ce qui donnera une idée générale de celles des ennemis, puisque chacun de nos corps d'armée avait en face de lui au moins un corps étranger et souvent deux.
Le roi Murat dirigeait notre aile droite, dont l'extrémité s'appuyait à la petite rivière de la Pleisse, auprès des villages de Connewitz, Dölitz et Mark-Kleeberg que le prince Poniatowski occupait avec ses Polonais. Après ceux-ci et derrière le bourg de Wachau, se trouvait le corps du maréchal Victor. Les troupes du maréchal Augereau occupaient Dösen.
Ces divers corps d'infanterie étaient flanqués et appuyés par plusieurs masses de la cavalerie des généraux Kellermann et Michaud.
Le centre, aux ordres directs de l'Empereur, se trouvait à Liebert-Wolkwitz. Il était composé des corps d'infanterie du général Lauriston, ainsi que de celui du maréchal Macdonald, ayant avec eux la cavalerie de Latour-Maubourg et de Sébastiani. (Mon régiment, qui faisait partie du corps de ce dernier général, était placé en face du monticule du Kelmberg ou redoute suédoise.)
L'aile gauche, commandée par le maréchal Ney, se formait du corps d'infanterie du maréchal Marmont, ainsi que de ceux des généraux Reynier et Souham, soutenus par la cavalerie du duc de Padoue. Elle occupait Taucha, Plaussig et les rives de la Partha. Un corps d'observation, fort de 45,000 hommes, aux ordres du général Bertrand, était détaché au delà de Leipzig pour garder Lindenau, Lindenthal, Gohlis, les passages de l'Elster et la route de Lutzen.
À Probstheyda, derrière le centre, se trouvait, aux ordres du maréchal Oudinot, la réserve composée de la jeune, de la vieille garde, et de la cavalerie de Nansouty.
Le vénérable roi de Saxe, qui n'avait pas voulu s'éloigner de son ami l'empereur des Français, était resté dans la ville de Leipzig avec sa garde et plusieurs régiments français qu'on y avait laissés pour y maintenir l'ordre.
Pendant la nuit du 15 au 16, les troupes du maréchal Macdonald avaient fait un mouvement pour se concentrer sur Liebert-Wolkwitz en s'éloignant du Kelmberg, ou redoute suédoise; mais comme on ne voulait cependant pas abandonner ce poste aux ennemis avant la fin de la nuit, je reçus l'ordre de le surveiller jusqu'au petit point du jour. La mission était fort délicate, car, pour la remplir, je devais me porter en avant avec mon régiment jusqu'au pied du monticule, pendant que l'armée française se retirerait d'une demi-lieue dans la direction opposée. J'allais courir le risque de me voir cerné et même enlevé avec toute ma troupe par l'avant-garde ennemie, dont les éclaireurs ne manqueraient pas de gravir le sommet du monticule, dès que les premières heures de l'aurore leur permettraient d'apercevoir ce qui se passait dans de vastes plaines situées à leurs pieds et occupées par l'armée française.
Le temps était superbe, et, malgré la nuit, on y voyait passablement à la clarté des étoiles; mais, comme en pareil cas on aperçoit infiniment mieux de bas en haut les hommes qui arrivent sur une hauteur, tandis qu'ils ne peuvent eux-mêmes apercevoir ceux qui sont en bas, je portai mes escadrons le plus près possible du monticule, afin que l'ombre projetée par le sommet cachât mes cavaliers, et après avoir prescrit le plus profond silence et une parfaite immobilité, j'attendis les événements.