Le roi Murat fit alors avancer de l'infanterie française, et le combat se renouvela. Le corps russe du prince de Wurtemberg, enfoncé derechef, perdit vingt-six pièces de canon. Ainsi maltraité, le centre de l'armée ennemie pliait et allait être enfoncé, lorsque l'empereur de Russie, témoin de ce désastre, fit avancer rapidement la nombreuse cavalerie de sa garde, qui, rencontrant les escadrons de Latour-Maubourg dans le désordre qui suit toujours une charge à fond, les ramena à leur tour et reprit aux Français vingt-quatre des canons qu'ils venaient d'enlever. Ce fut dans cette charge que le général Latour-Maubourg eut la cuisse emportée par un boulet.

Cependant, comme aucun des deux partis n'avait obtenu d'avantages marquants, Napoléon, pour décider la victoire, venait de lancer sur le centre ennemi la réserve composée de la vieille garde à pied et à cheval et d'un corps de troupes fraîches arrivant de Leipzig, lorsqu'un régiment de cavalerie ennemie, qui s'était glissé ou égaré sur les derrières des Français, jeta quelque inquiétude parmi nos troupes en mouvement, qui s'arrêtèrent, se formèrent en carré pour ne pas être surprises, et, avant qu'on ait pu connaître la cause de cette alerte, la nuit vint suspendre sur ce point les opérations militaires.

D'autres événements s'étaient passés sur l'extrême droite des Français. Pendant toute la journée, le général Merfeld avait inutilement tenté de s'emparer du passage de la Pleisse, défendu par le corps de Poniatowski et ses Polonais; cependant, vers la fin du jour, il parvint à se rendre maître du village de Dölitz, ce qui compromettait notre aile droite; mais les chasseurs à pied de la vieille garde, conduits par le général Curial, étant accourus de la réserve au pas de charge, culbutèrent les Autrichiens au delà de la rivière et leur firent quelques centaines de prisonniers, parmi lesquels se trouvait le général Merfeld, qui tombait pour la troisième fois au pouvoir des Français.

Quoique les Polonais se fussent laissé enlever Dölitz, l'Empereur, pour relever leur moral, crut devoir donner le bâton de maréchal de France à leur chef, le prince Poniatowski, qui ne jouit pas longtemps de l'honneur de le porter.

De l'autre côté de la rivière de l'Elster, le général autrichien Giulay s'était emparé du village de Lindenau, après sept heures d'un combat acharné. L'Empereur, informé de ce grave événement, qui compromettait la retraite de la majeure partie de ses troupes, fit attaquer si vigoureusement Lindenau par le général Bertrand que ce poste fut repris à la baïonnette.

À notre gauche, l'impatience de Ney faillit amener une grande catastrophe. Ce maréchal, qui commandait l'aile gauche, placée par l'ordre de l'Empereur, voyant qu'à dix heures du matin aucune troupe ne paraissait devant lui, envoya de son autorité privée, sous la conduite du général Souham, un de ses corps d'armée à Wachau, où le combat paraissait fortement engagé; mais, pendant ce mouvement irréfléchi, le maréchal prussien Blücher, dont la marche avait été retardée, parut avec l'armée de Silésie et s'empara du village de Möckern. Alors Ney, qui, diminué d'une partie de ses troupes, n'avait plus à sa disposition que le corps de Marmont, fut obligé, sur le soir, de se replier jusque dans les murs de Leipzig et de se borner à défendre le faubourg de Halle.

Les Français perdirent beaucoup de monde dans cet engagement, qui produisit d'ailleurs un fort mauvais effet sur ceux de nos soldats qui, placés en avant ou sur les flancs de Leipzig, entendaient le canon et la fusillade derrière eux. Cependant, vers les huit heures du soir, le combat cessa totalement de part et d'autre, et la nuit fut tranquille.

CHAPITRE XXIX

Vaine tentative d'armistice.—Bataille du 18 octobre.—Bernadotte combat contre nous.—Défection des Saxons.—Loyauté du roi de Wurtemberg.—Résultat indécis du combat.

Cette première journée avait laissé la victoire indécise; cependant elle était à l'avantage des Français, puisque, avec des forces infiniment moins considérables, ils avaient non seulement tenu tête aux coalisés, mais les avaient chassés d'une partie du terrain qu'ils occupaient la veille.