—Depuis cent ans environ.

—Le temps de la vie d'un An, c'est une très jeune communauté. En beaucoup moins de cent ans, votre Koom-Posh sera arrivé au Glek-Nas.

—Mais, les plus vieux États du monde dont je viens ont tant de confiance en sa durée, que peu à peu ils arrivent à modeler leurs institutions sur les nôtres, et leurs politiques les plus profonds disent que les tendances irrésistibles de ces vieux États sont vers le Koom-Posh, que cela leur plaise ou non.

—Les vieux États?

—Oui, les vieux États.

—Avec des populations très peu nombreuses relativement à l'étendue qu'ils occupent?

—Au contraire, avec des populations très nombreuses proportionnellement au territoire.

—Je vois! de vieux États sans doute!.... si vieux qu'ils vont tomber en décomposition s'ils ne se débarrassent de ce surplus de population comme nous le faisons. De très vieux États!.... très... très vieux! Dites-moi, Tish, trouveriez-vous sage qu'un vieillard essayât de faire la roue sur les pieds et les mains comme le font les enfants? Et si vous lui demandiez pourquoi il se livre à ces enfantillages et qu'il vous répondît qu'en imitant les très jeunes enfants il redeviendra enfant lui-même, cela ne vous ferait-il pas rire? L'histoire ancienne abonde en événements de ce genre, qui ont eu lieu il y a plusieurs milliers d'années, et chaque exemple prouve qu'un vieil État qui joue au Koom-Posh tombe bientôt dans le Glek-Nas. Alors par horreur de lui-même, il demande à grands cris un maître, comme un vieillard qui radote demande un garde-malade, et après une succession plus ou moins longue de maîtres ou de gardes-malades, ce vieil État meurt et disparaît de l'histoire. Un très vieil État jouant au Koom-Posh est comme un vieillard qui démolit la maison à laquelle il est habitué et qui s'est tellement épuisé à la renverser que, tout ce qu'il peut faire pour la rebâtir, c'est d'édifier une hutte branlante dans laquelle lui et ses successeurs crient d'une voix lamentable: Comme le vent souffle!.... Comme les murs tremblent!....

—Mon cher Taë, je tiens compte de vos préjugés peu éclairés que tout écolier instruit dans un Koom-Posh pourrait aisément contredire, quoiqu'il pût ne pas être doué de cette connaissance si précoce que vous me montrez de l'histoire ancienne.

—Moi savant!.... pas le moins du monde. Mais un écolier, élevé dans votre Koom-Posh, demanderait-il à son bisaïeul ou à sa bisaïeule de se tenir la tête en bas et les pieds en l'air? Et si les pauvres vieillards hésitaient, leur dirait-il: Que craignez-vous? Voyez comme je le fais!