—Eh bien! alors, aidez-moi à vous quitter. Malgré le plaisir que j'aurais eu à voir toutes vos merveilles, à jouir du bonheur qui appartient à votre pays, laissez-moi retourner dans le mien.
—Je crains qu'il n'y ait de graves raisons qui m'en empêchent; dans tous les cas, je ne puis rien faire sans la permission du Tur et il ne me l'accordera probablement pas. Vous ne manquez pas d'intelligence; vous pouvez, bien que je ne le pense pas, nous avoir caché la puissance destructive à laquelle est arrivé votre peuple; bref, vous pouvez nous causer quelque danger; et, si le Tur est de cet avis, son devoir serait de vous supprimer, ou de vous enfermer dans une cage pour le reste de vos jours. Mais pourquoi désirer quitter un peuple que vous avez la politesse de déclarer plus heureux que le vôtre?
—Oh! Aph-Lin, ma réponse est simple. De peur que, sans le vouloir, je trahisse votre hospitalité; de peur que, par un de ces caprices que dans notre monde on attribue proverbialement à l'autre sexe et dont une Gy elle-même n'est pas exempte, votre adorable fille daigne me regarder quoique Tish, comme si j'étais un An civilisé, et.... et.... et....
—Vous faire la cour pour vous épouser,—ajouta Aph-Lin gravement et sans le moindre signe de déplaisir ou de surprise.
—Vous l'avez dit.
—Ce serait un malheur,—répondit mon hôte après un instant de silence,—et je sens que vous avez bien agi en m'avertissant. Comme vous le dites, il n'est pas rare qu'une jeune Gy montre un goût que les autres trouvent étrange; mais il n'existe pas de moyen de forcer une Gy à changer ses résolutions. Tout ce que nous pouvons faire, c'est d'employer le raisonnement, et l'expérience nous prouve que le Collège entier des Sages essaierait en vain de raisonner avec une Gy en matière d'amour. Je suis désolé pour vous, parce qu'un tel mariage serait contre l'A-glauran, ou bien de la communauté, car les enfants qui en naîtraient altéreraient la race; ils pourraient même venir au monde avec des dents de carnassiers; on ne peut permettre une chose pareille: on ne peut rien contre Zee; mais vous, comme Tish, on peut vous détruire. Je vous conseille donc de résister à ses sollicitations; de lui dire clairement que vous ne pouvez répondre à son amour. Cela arrive très souvent. Plus d'un An, ardemment aimé d'une Gy, la repousse et met fin à ses persécutions en en épousant une autre. Vous pouvez en faire autant.
—Non, puisque je ne puis épouser une autre Gy, sans mettre en danger le bien de la communauté et l'exposer au péril d'élever des enfants carnivores.
—C'est vrai. Tout ce que je puis dire, et je le dis avec tout l'intérêt dû à un Tish et le respect dû à un hôte, mais je le dis franchement, c'est que si vous cédez, vous serez réduit en cendres. Je vous laisse le soin de trouver le meilleur moyen de vous défendre. Vous feriez peut-être bien de dire à Zee qu'elle est laide. Cette assurance, venant de la bouche de l'An qu'elle aime, suffit d'ordinaire à refroidir la Gy la plus ardente. Nous voici arrivés à ma maison de campagne.