Il me dit en deux mots que la descente lui paraissait dangereuse et ne devait conduire à aucun résultat; puis, suspendant les travaux de ce puits, il m'emmena dans les autres parties de la mine.

Tout le reste du jour mon ami me parut préoccupé par une idée qui l'absorbait. Il se montrait taciturne, contre son habitude, et il y avait dans ses regards je ne sais quelle épouvante, comme s'il avait vu un fantôme. Le soir, nous étions assis seuls dans l'appartement que nous occupions près de l'entrée de la mine, et je lui dis:—

—Dites-moi franchement ce que vous avez vu dans le gouffre. Je suis sûr que c'est quelque chose d'étrange et de terrible. Quoi que ce soit, vous en êtes troublé. En pareil cas, deux têtes valent mieux qu'une. Confiez-vous à moi.

L'ingénieur essaya longtemps de se dérober à mes questions; mais, tout en causant, il avait recours au flacon d'eau-de-vie avec une fréquence tout à fait inaccoutumée, car c'était un homme très sobre, et peu à peu sa réserve cessa. Qui veut garder son secret devrait imiter les animaux et ne boire que de l'eau.

—Je vais tout vous dire,—s'écria-t-il enfin.—Quand la cage s'est arrêtée, je me suis trouvé sur une corniche de rocher; au-dessous de moi, le gouffre, prenant une direction oblique, s'enfonçait à une profondeur considérable, dont ma lampe ne pouvait pénétrer l'obscurité. Mais, à ma grande surprise, une lumière immobile et éclatante s'élevait du fond de l'abîme. Était-ce un volcan? J'en aurais certainement senti la chaleur. Pourtant il importait absolument à notre commune sécurité d'éclaircir ce doute. J'examinai les pentes du gouffre et me convainquis que je pouvais m'y hasarder, en me servant des anfractuosités et des crevasses du roc, du moins pendant un certain temps. Je quittai la cage et me mis à descendre. À mesure que je me rapprochais de la lumière, le gouffre s'élargissait, et je vis enfin, avec un étonnement que je ne puis vous décrire, une grande route unie au fond du précipice, illuminée, aussi loin que l'œil pouvait s'étendre, par des lampes à gaz placées à des intervalles réguliers, comme dans les rues de nos grandes villes, et j'entendais au loin comme un murmure de voix humaines. Je sais parfaitement qu'il n'y a pas d'autres mineurs que nous dans ce district. Quelles étaient donc ces voix? Quelles mains humaines avaient pu niveler cette route et allumer ces lampes? La croyance superstitieuse, commune à presque tous les mineurs, que les entrailles de la terre sont habitées par des gnomes ou des démons commençait à s'emparer de moi. Je frissonnais à la pensée de descendre plus bas et de braver les habitants de cette vallée intérieure. Je n'aurais d'ailleurs pu le faire, sans cordes, car, de l'endroit où je me trouvais jusqu'au fond du gouffre, les parois du rocher étaient droites et lisses. Je revins sur mes pas avec quelque difficulté. C'est tout.

—Vous redescendrez?

—Je le devrais, et cependant je ne sais si j'oserai.

—Un compagnon fidèle abrège le voyage et double le courage. J'irai avec vous. Nous prendrons des cordes assez longues et assez fortes.... et.... excusez-moi.... mais vous avez assez bu ce soir. Il faut que nos pieds et nos mains soient fermes demain matin.


II.