Les Galls, les Kymris, les Romains.
Invasion des barbares.
Conquêtes des Franks.—Établissements des Saxons.
Naissance et progrès du christianisme.

Pendant longtemps, les premières migrations descendues des plateaux de l'Asie poursuivirent leur marche incertaine au sein des immenses solitudes qui s'étendaient entre le Tanaïs, l'Elbe et le Danube. Ce ne fut que vers le dix-septième siècle avant l'ère chrétienne que les Galls ou Celtes parurent au delà du Rhin, et donnèrent leur nom à la Gaule.

A l'invasion des Galls succéda, à un intervalle de mille années, celle des Kymris. On remarquait, parmi ces nations, les Bolgs ou Belges qui occupèrent la Belgique, c'est-à-dire la partie septentrionale de la Gaule. Quelques-uns de ces Belges, appelés Brythons, s'arrêtèrent au bord de l'Océan, dans un pays couvert de bois et de marais; mais ils n'y firent qu'un court séjour, et traversèrent la mer pour aborder dans l'île d'Albion, qui depuis fut la Bretagne ou Brythons-Land. Ceux d'entre eux qui refusèrent de les accompagner durent à la situation des lieux qu'ils continuèrent à habiter le nom de Morins. Ce rivage, que visitèrent peut-être les flottes phéniciennes, est la patrie des générations dont j'écris l'histoire.

Cependant les Galls, fuyant l'invasion des Kymris, se dirigeaient vers la forêt Hercynienne et les collines de l'Étrurie. Les Belges avaient étendu leur domination jusqu'au Rhône, et, dans leur ardeur belliqueuse, ils ne tardèrent point à prendre part aux lointaines expéditions des Galls.

Le plus redoutable des chefs qui accompagnent en Macédoine le brenn Kerthwrys se nomme Belgius. Alexandre, en voyant ces hommes qui ne craignaient rien, si ce n'est la chute du ciel, put pressentir quels périls allaient menacer la monarchie de ses pères: ses successeurs réussissent à peine à la défendre contre les Belges. Ptolémée périt en les combattant, avant que les guerriers de Sosthène parviennent à les arrêter, en invoquant le nom du héros macédonien. Enfin le brenn Kerthwrys disparaît à Delphes, au milieu d'une tempête, percé, comme le racontent les anciens, par les flèches que lancent sur sa tête Apollon, Diane et Minerve, divinités outragées de ces sacrés vallons. Dès ce jour les vainqueurs de la Grèce se dispersent, et désormais ils prêteront l'appui de leur nom et de leur courage à toutes les ambitions et à toutes les conquêtes. C'est ainsi qu'ils servent tour à tour Pyrrhus et Carthage, et méritent que Mithridate rende hommage à leurs exploits.

Lorsqu'un autre brenn entra à Rome et assiégea le Capitole, des Belges qui étaient venus s'établir successivement dans le nord de l'Italie partagèrent également sa gloire. Ces Belges continuèrent pendant plusieurs siècles à combattre les Romains; Claudius Marcellus s'illustra en les repoussant. «Claudius, dit Properce, arrêta les ennemis qui avaient traversé l'Eridan et porta à Rome le bouclier du Belge Virdumar, leur chef gigantesque, qui se vantait d'avoir le Rhin pour auteur de sa race.»

La conquête romaine avait pénétré dans le midi de la Gaule quand une seconde invasion de Kymris parut sur le Rhin. Ils reconnurent les populations, issues d'une commune origine, qui les avaient précédés, s'allièrent aux Belges du nord de la Gaule, et soutinrent ceux qui campaient sur la Garonne. Marius, en les exterminant à Aix et à Verceil, mérita, après Romulus et Camille, le glorieux surnom de troisième fondateur de Rome.

Un demi-siècle après ces victoires, une nouvelle invasion se présente; mais elle est moins redoutable: c'est celle des Suèves. A César est réservée la gloire de les vaincre. Ce consul ambitieux, aux yeux vifs, au front chauve, à la barbe négligée, en qui Sylla avait vu plusieurs Marius, et qui, sortant de la préture, avouait à ses amis qu'il était jaloux d'Alexandre, avait choisi entre les divers gouvernements des provinces celui de la Gaule, parce qu'il lui promettait le plus de victoires. Il extermina les Helvètes, et rejeta les Suèves au delà du Rhin; puis, se trouvant trop faible pour lutter seul contre toute la Gaule, il se déclara le défenseur du culte des druides, et s'allia aux Kymris du centre contre les Belges du nord. Parmi ceux-ci, les Nerviens étaient les plus intrépides. Ils occupaient les pays situés à l'est de l'Escaut, et ils avaient eu soin de reléguer dans des marais inaccessibles aux ennemis leurs femmes et tous ceux que leur âge rendait inutiles à la guerre. Leur résistance fut héroïque. Pendant quelques jours Rome trembla pour ses légions, et ne vit dans César qu'un perfide violateur de la paix, digne d'être livré aux ennemis. Mais, lorsqu'il revint victorieux, elle le reçut avec de longues acclamations, et le sénat décréta des fêtes publiques pour remercier les dieux de leur protection signalée. «Jamais dit Plutarque, on n'avait tant fait pour aucune victoire.»

Cependant une nouvelle ligue se forma contre les Romains. Elle comprenait les peuples armoriques, c'est-à-dire tous ceux qui habitaient le rivage de la mer, depuis la Loire jusqu'au Rhin. Les Morins y prirent part; on y remarquait aussi les Ménapiens, qui, après avoir été l'un des peuples les plus puissants de la Belgique, s'étaient, à mesure qu'ils s'affaiblissaient, rapprochés de plus en plus de la mer. Les Belges de la Bretagne avaient promis leur appui, et l'on espérait celui des nations germaniques, toujours empressés à franchir le Rhin. Tous s'étaient engagés à agir d'un commun accord, à partager la même fortune, et à défendre contre le joug romain la liberté qu'ils avaient reçue de leurs pères. Les Ménapiens et les Morins n'avaient jamais envoyé de députés à César: loin de se soumettre à l'approche des armées romaines, ils résolurent, par une tactique différente de celle qu'avaient adoptée les autres nations gauloises, d'éviter le combat et de chercher un refuge dans leurs marais et dans leurs vastes forêts. César, réduit à s'ouvrir un passage, la cognée et l'épée à la main, avait à peine dévasté quelques champs et brûlé quelques villages, lorsque les pluies de l'automne le contraignirent à donner le signal de la retraite.

L'année suivante, César arrêta sur le Rhin une autre invasion, celle des Usipiens et des Tenchtères. Quelques vaincus se réfugièrent à l'est du Rhin chez les Sicambres; César leur fit redemander les fugitifs, mais ils lui répondirent: «Le Rhin forme la limite de la puissance romaine; si vous voulez commander au delà du fleuve, reconnaissez aussi aux Germains le droit de le franchir.» Trois siècles s'écouleront avant que les fils de ces Sicambres aillent demander raison aux successeurs de César de la violation de leurs frontières, en envahissant celles de l'empire romain.