Pendant que César se préparait à passer en Bretagne, il conclut un traité d'alliance avec les Morins qui avaient résisté à ses armes. Ils s'excusèrent en alléguant leur ignorance des usages des conquérants d'avoir osé leur résister et remirent quelques otages. Deux lieutenants de César pénétrèrent dans le pays des Ménapiens, toujours protégés par leurs forêts. Un autre de ses lieutenants reçut, au retour de l'expédition de Bretagne, l'ordre de réprimer une attaque dirigée par les Morins contre quelques légionnaires isolés et parvint, grâce aux chaleurs de l'été qui avaient désséché les marais, à leur imposer la paix.
Les Ménapiens seuls continuaient à repousser le joug romain. Ils s'empressèrent d'entrer dans la confédération qui eut pour chef Ambiorix, roi des Éburons, nation intrépide et voisine des bords de la Meuse. Mais leur courage ne put les sauver. Assaillis de toutes parts avant qu'ils eussent pu se préparer à la défense, ils perdirent leurs troupeaux et virent brûler leurs habitations et leurs moissons. Leurs otages furent conduits au camp de César, et Ambiorix apprit bientôt qu'il ne pouvait plus espérer de trouver au milieu d'eux un appui dans la victoire ou un asile dans le revers.
L'insurrection vaincue chez les Belges se ranima chez les Arvernes. La voix du vercingétorix fut entendue jusqu'aux extrémités de la Gaule. Les Morins accoururent au siége d'Alésie; Comius, chef atrébate auquel César avait confié le soin d'observer les Ménapiens, avait abandonné le parti des Romains, et trahissait leur alliance et leurs bienfaits: tant était grande l'ardeur des Gaulois à recouvrer leur liberté et leur ancienne gloire!
César rêvait désormais d'autres conquêtes; il voulait opposer à la jalousie de Pompée et à la haine du sénat la puissance victorieuse de son glaive. Il ne songea plus qu'à s'attacher les peuples de la Gaule qui n'avaient pas oublié la route de Rome, et il les incorpora dans les légions qui combattirent à Pharsale.
Les Ménapiens et les Morins partagent, depuis cette époque, le sort des autres nations gauloises. Aux agitations de la liberté menacée succède la longue paix de la servitude, et bientôt, au milieu des splendeurs de la cour d'Auguste, Virgile, gravant sur le bouclier d'Enée les brillantes destinées de Rome, rappelle dans les mêmes vers la honte du Rhin et celle de l'Euphrate, la défaite des peuples nomades de la Libye et la soumission des Morins, les plus reculés des hommes.
... Incedunt victæ longo ordine gentes,
Quam variæ linguis, habitu tam vestis et armis.
Hic Nomadum genus et discinctos Mulciber Afros,
Hic Lelegas, Carasque, sagittiferosque Gelonos
Finxerat. Euphrates ibat jam mollior undis,