Extremique hominum Morini, Rhenusque bicornis.
Rome est arrivée au faîte de sa puissance, quand une ville obscure de la Judée devient le berceau de la rénovation du monde. Le Christ, que l'Orient attend, oppose à l'orgueilleuse corruption des sociétés antiques les ineffables mystères d'une chasteté et d'une humilité inconnues jusqu'alors; puis, confirmant ses divins préceptes par l'agonie du sacrifice expiatoire, il dit à ses disciples: «Allez enseigner toutes les nations.» Ceux-ci se hâtent d'obéir; conquérants pacifiques, ils se partagent le monde. Pierre et Paul, appelés aux bords du Tibre, vont dans la ville éternelle sceller de leur sang le fondement d'une puissance plus durable que celle des Césars.
Tibère succéda à Auguste, Caligula à Tibère. Caligula conduisit une expédition romaine dans les régions septentrionales de la Gaule. Arrivé sur le rivage de la mer avec ses balistes et ses machines de guerre, il ordonna aux légionnaires de ramasser dans leurs casques les coquillages épars sur le sable, afin, disait-il, que le Capitole reçût les dépouilles de l'Océan. Un monument plus utile de ce voyage fut la construction, au bord de la mer, d'une tour élevée, où l'on allumait des feux pendant la nuit pour diriger la marche incertaine des navires.
Après Caligula vint Claude, puis Néron qui chantait sur sa lyre le crime d'Oreste, moins affreux que le sien; puis Galba, Othon, Vitellius, princes faibles et vils qui fléchirent tour à tour sous le fardeau impérial. «Suscepere imperium populi romani transferendum, dit Tacite, et transtulerunt.» Une influence fatale semble dominer le trône des Césars: Domitien est le frère de Titus; Commode recueille l'héritage de Marc Aurèle.
Un incendie a consumé le Capitole qu'abandonnent les génies protecteurs de la cité de Romulus. Les soldats prétoriens nomment à l'encan des empereurs qu'ils massacrent le lendemain. Enfin, sous le règne des empereurs Valérien et Gallien, les menaçantes invasions des peuples germaniques répandent de toutes parts une terreur profonde. Les ruines des villes qu'ils dévastent attestent la faiblesse des Romains et l'audace des barbares, ruinæ signa miseriarum et nominum indicia servantes.
Valérien confia à Posthumus le soin de défendre les frontières de l'empire. Posthumus arrêta toutes les invasions, et maintint la paix dans les provinces confiées à son administration. La Gaule reconnaissante le proclama empereur à la mort de Valérien; mais il périt victime de l'ambitieuse jalousie d'un de ses lieutenants, nommé Lollianus, qui l'assassina.
Une femme, dont le nom semble d'un heureux présage, Victoria, qui prend le titre d'Augusta et de Mère des camps, venge Posthumus et donne la pourpre à Victorinus qui continue à défendre et à protéger la Gaule. Victorinus rendit à la plupart des cités leur ancienne organisation municipale, et mérita d'être comparé aux Trajan, aux Nerva et aux Antonin. Il fit écrire sur ses médailles: Fortuna redux, allusion heureuse à des espérances trop promptement démenties. Victorinus périt, comme Posthumus, dans une sédition militaire.
Un armurier (il s'appelait Marius) régna pendant trois jours; il avait dit: «Qu'on ne me reproche point ma profession, c'est avec le fer qu'on fonde les empires.» Un de ses soldats lui répliqua, en lui donnant la mort: «Ne te plains donc pas; ce glaive qui te frappe, c'est toi qui l'as forgé.»
Victoria, disposant toujours de l'autorité suprême, la transmit à Tetricus, qui se fit proclamer à Bordeaux. L'empire gaulois créé dans la Belgique s'étendait vers la Méditerranée; Aurélien s'alarma en Italie: «Je m'étonne, pères vénérables, écrivit-il aux sénateurs romains, que vous hésitiez si longtemps à consulter les livres des sibylles, comme si vous délibériez dans une église chrétienne, et non dans le temple de tous les dieux.»
L'épée d'Aurélien était plus puissante que les oracles sibyllins. Elle renversa dans les Gaules l'autorité de Victoria, et sur l'Euphrate celle de la reine Zénobie. L'Orient et l'Occident portaient les mêmes fers: Tetricus, revêtu d'une chlamyde de pourpre au-dessus des braies gauloises, parut au triomphe d'Aurélien, à côté de Zénobie, qui, ornée de pierres précieuses, traînait des chaînes d'or. Zénobie obtint une retraite à Tibur; Tetricus acheva ses jours sur le mont Cœlius.