La veuve du roi Philippe le Hardi, Marie de Brabant, avait adressé les instances les plus vives à son neveu, le duc de Brabant, Jean II, pour qu'il consentît à partager le rôle de médiateur avec le comte de Savoie, devenu également son neveu par son alliance avec une princesse brabançonne. Le comte de Namur accueillit ces ouvertures avec trop d'empressement. Une suspension d'armes avait été conclue le 24 septembre. Il fut presque aussitôt convenu que la Flandre conserverait ses lois, ses libertés et ses frontières; que tous les prisonniers seraient délivrés de part et d'autre, et que la fixation de l'amende, qui ne pouvait excéder huit cent mille livres, serait déterminée par huit arbitres, dont quatre appartiendraient à la Flandre. Lille et Douay devaient être remis en gage aux Français jusqu'à l'époque du payement. C'est à ces conditions que les hostilités cessèrent, et les communes de Flandre en montrèrent une grande joie: elles étaient impatientes de relever leur commerce presque ruiné par les guerres qui les entouraient sur toutes leurs frontières. En vain maître Gérard de Ferlin, porte-scel du comté de Flandre, refusa-t-il d'apposer son sceau sur ces conventions, Jean de Namur le prit et les scella lui-même; tandis que le comte de Thiette, enfermé à Lille, apprenait qu'il ne lui restait plus qu'à livrer aux ennemis les remparts d'où, la veille encore, il espérait pouvoir assister à leur défaite.
Les arbitres envoyés par la Flandre à Paris étaient Jean de Cuyk, Jean d'Escornay, Gérard de Moor et Gérard de Sotteghem. Soit qu'ils cédassent aux menaces de Philippe le Bel, soit qu'ils se laissassent tromper par ses ruses, ils consentirent à tout ce qu'il exigeait, et vers le mois de février, le bruit se répandit en Flandre que la paix ne tarderait point à être proclamée. Les arbitres désignés par le roi avaient fait connaître que, dès que le traité serait signé, toutes les relations commerciales seraient rétablies aussitôt entre la Flandre et la France, et Philippe le Bel avait déclaré en même temps qu'il approuverait tout ce que ses plénipotentiaires arrêteraient d'un commun accord avec les arbitres flamands. C'est dans ce moment, où toute la Flandre se laisse séduire par ces brillantes promesses, que le roi de France charge Hugues de Celles de se rendre à Gand pour y exposer ses intentions pacifiques et ses vœux pour une réconciliation sincère. Hugues de Celles ajoute, dans l'assemblée des bourgeois de Gand, qu'il convient qu'on renouvelle les anciennes formules des traités accordés par les rois de France, c'est-à-dire qu'ils doivent promettre d'exécuter ce que leurs arbitres décideront, de ne pas soutenir le comte s'il voulait s'y opposer, et d'obliger même par la force tous leurs concitoyens à s'y conformer. Godefroi Parys et d'autres échevins prêtèrent aussitôt ce serment devant les halles, et un acte public en fut dressé, au nom du roi, par un clerc de Quimper-Corentin.
Cependant toutes ces protestations, ces simulacres de respect pour la souveraineté de la décision des arbitres, n'étaient que d'astucieux mensonges: un traité avait été secrètement scellé, dès le 16 janvier, tel que Philippe le Bel l'avait dicté. Les ambassadeurs du roi attendaient, pour le publier, que les députés des bonnes villes de Flandre fussent arrivés en France pour y apposer leurs sceaux, lorsqu'on apprit que le vieux comte de Flandre était mort à Compiègne le 7 mars 1304 (v. st.), avant que la conclusion définitive de la paix lui eût rendu la liberté.
Gui de Dampierre avait légué par son testament huit mille livres au chevalier qui se rendrait en terre sainte pour s'y acquitter de son vœu de pèlerinage et y porter sa croix, s'il ne lui était pas donné d'aller lui-même combattre les infidèles. Trente-quatre années s'étaient écoulées depuis l'expédition de Tunis, lorsque les derniers souvenirs des croisades de saint Louis s'éteignirent sur les lèvres d'un vieillard octogénaire dans les prisons de Philippe le Bel.
LIVRE ONZIÈME.
1304-1322.
Robert de Béthune. Traités d'Athies, de Paris, de Pontoise, d'Arras. Confédération des alliés. Complots de Louis de Nevers et de Robert de Cassel.