Maximilien ne négligeait aucun moyen pour se rendre les états favorables. Il consentit à nommer à leur demande des ambassadeurs chargés de traiter de la paix avec Louis XI, et choisit pour cette importante mission les sires de Rasseghem et de la Gruuthuse, qui jouissaient à Gand et à Bruges d'une grande popularité. Les abbés des Dunes et de Saint-Pierre, le prévôt de Saint-Donat, et trois échevins de Gand, de Bruges et d'Ypres, devaient les accompagner en France.

Un traité qui rétablît les relations commerciales, suspendues depuis cinq années, paraissait depuis longtemps utile et désirable aux esprits les plus sages: il semblait qu'il fût devenu urgent d'en hâter la conclusion au moment où la Flandre, encore inquiète sur les desseins secrets de Maximilien, n'était plus assurée de pouvoir opposer aux forces supérieures de la France celles qu'elle puisait dans la concorde intérieure et dans son union.

On souhaitait également la paix au château du Plesis-lez-Tours. Par une étrange préoccupation, remords politique qui se mêlait à bien d'autres remords, le roi de France ne songeait qu'à réparer la faute qu'il avait commise en dédaignant l'alliance de Marie de Bourgogne; il espérait y parvenir en recherchant pour le Dauphin la main de Marguerite, qui ne possédait pas le vaste héritage de sa mère et que la même inégalité d'âge eût séparée de son époux. Depuis longtemps, il présentait ce mariage comme le meilleur moyen de faire cesser la guerre. Il saisit avec empressement, après la mort de Marie de Bourgogne, cette occasion si favorable pour faire réussir ses projets, et dès qu'il apprit que les communes de Flandre se proposaient de lui envoyer des députés, il se hâta de leur exprimer la joie qu'il en éprouvait.

Les députés des communes flamandes trouvèrent Louis XI à Cléry, où il était venu passer les fêtes de l'Assomption: ils lui exposèrent leur mission et obtinrent une réponse favorable. Le sire de Saint-Pierre les reconduisit jusqu'à Paris, où le prévôt des marchands et les échevins leur firent également grand honneur. Le roi avait même voulu qu'à leur retour ils vissent l'armée du sire de Crèvecœur qui venait de s'emparer de la ville d'Aire (28 juillet 1482). Elle était en effet fort belle: on y comptait quatorze cents lances, six mille Suisses et huit mille hommes armés de piques.

Le récit des ambassadeurs flamands fit désirer de plus en plus la paix. Les états se réunirent d'abord à Ypres, puis à Alost, et ils ne se montrèrent point éloignés de consentir au mariage de mademoiselle Marguerite avec le Dauphin.

Les négociations se continuaient à Arras. Le roi de France y avait envoyé deux hommes qui, à des titres bien différents, n'étaient étrangers ni l'un ni l'autre à ceux avec lesquels ils étaient appelés à traiter. Le premier était ce sire de Crèvecœur qui, inquiété par Louis XI au sujet de l'emploi des trésors remis entre ses mains, répondait qu'il les rendrait volontiers si le roi lui rendait aussi Aire, Arras, Saint-Omer, Béthune, Bergues, Dunkerque, Gravelines, que ces trésors avaient mis en son pouvoir. Le second était Jean de la Vacquerie, bourgeois d'Arras, devenu premier président du parlement de Paris, qui ne craignit jamais de résister à des ordres injustes, et de placer le soin de son honneur au-dessus de celui de sa vie, plus digne de louanges dans sa pauvreté, remarque Michel de l'Hospital, que ne l'avait été Nicolas Rolin au milieu de ses richesses. Parmi les députés nommés par le duc d'Autriche et les états de Flandre, on remarquait Jean de Lannoy, chancelier de la Toison d'or et abbé de Saint-Bertin, les abbés de Saint-Pierre de Gand et d'Afflighem, le sire de Gouy, haut bailli de Gand, Jean d'Auffay, maître des requêtes, Jacques de Savoie, comte de Romont, les sires de Lannoy, de Berghes et de Boussut. La ville de Gand avait choisi pour ses mandataires Guillaume Rym et Jacques Steenwerper; celle de Bruges était représentée par le bourgmestre Jean de Witte, le conseiller George Ghyselin et Jean de Nieuwenhove; celle d'Ypres, par son pensionnaire Jacques Craye; Louvain, Anvers, Bruxelles, Mons, Lille, Douay, Valenciennes, Saint-Omer, y avaient aussi leurs députés.

Le traité de paix fut signé le 23 décembre 1482: il portait que le Dauphin épouserait mademoiselle Marguerite de Flandre et qu'elle recevrait pour dot les comtés d'Artois et de Bourgogne et les seigneuries de Mâcon, d'Auxerre, de Salins, de Bar-sur-Seine et de Noyers, que Louis XI occupait déjà. La ville de Saint-Omer devait y être jointe; mais elle ne devait être remise aux Français qu'à l'époque de la consommation du mariage. Un article spécial reconnaissait au roi la souveraineté du comté de Flandre, dont le jeune duc Philippe était tenu de rendre hommage. D'un autre côté, le roi de France abandonnait ses prétentions sur les châtellenies de Lille, de Douay et d'Orchies, confirmait tous les priviléges de la Flandre, tels que Marie de Bourgogne les avait renouvelés, et rétablissait la liberté du commerce comme elle existait avant l'avénement du duc Charles. Les envoyés des villes flamandes avaient également obtenu que ces conventions fussent ratifiées par les états de toutes les provinces et par toutes les bonnes villes de France: c'est ainsi que, vers les premiers temps du moyen-âge, les rois, chefs de la féodalité, réclamaient dans les traités l'adhésion des barons, représentants du même ordre politique et non moins intéressés à le soutenir.

L'allégresse la plus vive régnait en Flandre: à Gand, les réjouissances se prolongèrent plusieurs jours; à Bruges, on célébra dans l'église de Saint-Donat les jeux quelquefois trop libres de la fête du Pape des ânes. En France, la joie n'était pas moins générale; et l'on chantait en chœur les vers élégants d'une ballade composée tout exprès par Guillaume Coquillart, official du diocèse de Reims:

Bons esperitz et vertueulx courages

... regardez les œuvres déifiques